Femmes francophones, terres pionnières : l’entrepreneuriat minoritaire en marche
Résumé :
Au Canada, les femmes entrepreneuses francophones en milieu minoritaire tracent leur chemin entre isolement, créativité, solidarité communautaire et manque de ressources adaptées. Deux portraits, Murielle au Nunavut et Ingrid en Colombie-Britannique, illustrent les défis quotidiens et la résilience d’un entrepreneuriat au féminin… et au pluriel.
Article :
Elles sont les pionnières d’un monde économique encore trop souvent balisé par d’autres. À des milliers de kilomètres de Montréal ou d’Ottawa, dans les vastes terres du Nunavut ou l’ouest dynamique de la Colombie-Britannique, des femmes entrepreneuses francophones relèvent le défi d’entreprendre… en terrain minoritaire, francophone, et souvent marginalisé.
Murielle Jassinthe a posé ses valises il y a onze ans dans le grand nord canadien. En 2019, elle fonde Black Lantern, une entreprise de conseil en arts et culture. Dans un territoire majoritairement anglophone, elle propose du mentorat sur la diversité, du soutien stratégique, et des ateliers sur le racisme systémique. « Je suis la seule à offrir ce type de services ici, c’est une liberté mais aussi une solitude », confie-t-elle.
Même son de cloche chez Ingrid Broussillon, arrivée de Guadeloupe à Vancouver. Pendant la pandémie, elle fonde Griottes Polyglottes, qui enseigne langues et confiance en soi à travers le théâtre. « On porte toutes les casquettes : directrice artistique, communicante, comptable… » reconnaît-elle. Mais elle ne se plaint pas. Ingrid vient même de lancer une seconde entreprise, The WoW Culture, dédiée à la diversité et à l’inclusion.
L’isolement linguistique reste un mur. Pas de site internet bilingue pour Murielle : « Mon informaticien est unilingue anglais. » Peu de comptables ou juristes qui maîtrisent le français. Les ressources en français sont souvent désuètes, mal ciblées, ou tout simplement absentes.
Heureusement, la solidarité francophone agit comme levier. Les réseaux comme le RDÉE, la SDECB ou l’AFFC offrent un soutien vital : mentorat, subventions, visibilité. Ingrid reconnaît avoir été « aidée en tant que femme, immigrante, noire et francophone. »
Mais cela ne suffit pas toujours. Murielle, elle, n’arrive pas encore à vivre de son activité et conserve un poste salarié en communication. Son rêve ? Devenir agente artistique à plein temps. Ingrid, de son côté, embauche cinq personnes à temps partiel et a déjà remboursé son premier prêt professionnel.
Ces parcours sont aussi des miroirs. Ils disent quelque chose de la résilience des francophones en milieu minoritaire, de la force des femmes entrepreneuses, de la capacité à faire fleurir l’audace même dans les recoins glacés ou insoupçonnés du Canada.
« L’entrepreneuriat francophone féminin, c’est aussi une manière de faire vivre nos communautés », observe Soukaina Boutiyeb de l’AFFC. Plus qu’un dynamisme économique, c’est une affirmation culturelle qui se joue ici.
Points à retenir :
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117 000 entreprises francophones en situation minoritaire au Canada, mais très peu de données genrées.
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Murielle Jassinthe (Black Lantern, Nunavut) et Ingrid Broussillon (Griottes Polyglottes, C.-B.) sont deux entrepreneuses résilientes.
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Les défis sont multiples : isolement, langue, accès au financement, reconnaissance.
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La solidarité francophone joue un rôle crucial mais les ressources spécifiques restent rares.
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Ces parcours inspirent une nouvelle génération de femmes francophones entrepreneures au Canada.

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