🌴 Argent au loin, pénurie au proche : l’abandon des Outre-mer
🔎 Summary (EN)
While France allocates tens of billions to Ukraine and international causes, its overseas territories struggle with underinvestment, poor infrastructure, and third-world living standards. The gap highlights a contradiction: strategic generosity abroad, but social neglect at home.
✍️ Article (FR)
La comparaison fait grincer des dents. D’un côté, la France débloque sans trembler des dizaines de milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine ou financer la coopération internationale. De l’autre, ses propres territoires d’Outre-mer continuent de vivre avec des hôpitaux saturés, une eau polluée, un chômage endémique et des prix alimentaires 40 % plus chers qu’en métropole.
Depuis 2022, Paris a engagé près de 20 milliards d’euros pour Kiev, directement ou via l’Union européenne. Une somme assumée comme stratégique : contenir la Russie, défendre l’Europe, peser sur la scène internationale. Les chiffres s’empilent et les discours sont clairs : l’avenir du continent se joue là-bas.
Pendant ce temps, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane ou à Mayotte, la vie quotidienne ressemble davantage à celle d’un pays en développement qu’à une région de la République. Les transferts de l’État, environ 17 milliards d’euros par an pour l’ensemble des Outre-mer, existent bel et bien. Mais ils sont dispersés en allocations sociales, aides d’urgence et défiscalisations, sans véritable plan structurel. Le résultat est connu : infrastructures vieillissantes, dépendance économique, sentiment d’abandon.
Cette hiérarchie implicite heurte. Les Antillais, Réunionnais ou Mahorais se demandent : pourquoi Paris trouve-t-il les milliards pour Kiev, mais pas pour rénover les réseaux d’eau potable ou aligner les prix alimentaires ? Pourquoi investir massivement dans des causes lointaines et se contenter de demi-mesures pour ses propres citoyens ?
La réponse est aussi politique qu’économique. À l’international, l’argent investi nourrit un récit de puissance et d’influence. Dans les DOM-TOM, il révèle surtout une gêne : ces territoires sont français par droit, mais traités comme des marges coloniales par la pratique. On entretient l’assistanat, mais on refuse le rattrapage. On distribue des aides, mais on évite de bâtir un avenir.
Cette contradiction fragilise le lien. Car derrière la question des budgets, il y a celle de la dignité. À force de donner au loin et de négliger au proche, la République alimente elle-même le ressentiment et le spectre d’une autonomie rêvée, voire réclamée.
⭐ Key points (EN)
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France committed nearly €20 billion to Ukraine since 2022.
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Overseas territories receive about €17 billion per year, spread across all DOM-TOM.
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Local investment remains low: infrastructure, hospitals, and water systems lag far behind.
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Social transfers dominate spending, without a long-term development plan.
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Residents perceive a colonial double standard, fueling demands for autonomy.
📚 Sources
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Ministère de l’Économie – Projet de loi de finances 2024, mission Outre-mer.
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Le Monde – « En Martinique, la vie chère provoque des tensions » (sept. 2024).
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Sénat – Rapport sur les crédits de la mission Outre-mer (2023).
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Commission européenne – Mécanisme de soutien à l’Ukraine (2022–2025).

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