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La francophonie en Allemagne : quand Frédéric le Grand écrivait en français (3)
English Summary
Frédéric le Grand, roi de Prusse, rédigea la plupart de ses œuvres philosophiques et politiques en français. Sa cour devint l’un des espaces les plus francophones de l’Europe des Lumières.
Article
Il y a dans l’histoire européenne des ironies presque parfaites.
L’homme qui posa les bases de la puissance allemande moderne parlait, écrivait et philosophait surtout… en français.
Frédéric le Grand, naît en 1712 dans une Prusse encore austère, militaire et périphérique dans l’Europe des Lumières. Son père, Frédéric-Guillaume Ier, méprise les raffinements intellectuels et rêve surtout d’une armée disciplinée.
Le jeune Frédéric, lui, aime la musique, la poésie et les philosophes français.
Très tôt, il adopte le français comme langue de culture. À ses yeux, l’allemand demeure encore trop rugueux pour les subtilités philosophiques et littéraires. Le français est alors la grande langue européenne :
- langue diplomatique,
- langue des cours,
- langue des élites cultivées.
Quand Frédéric devient roi en 1740, il transforme progressivement sa cour en un espace profondément francophone. À Berlin et surtout dans son palais de Sans-Souci, on converse en français, on lit les auteurs français, on joue des pièces françaises.
Le souverain lui-même rédige presque tous ses textes dans cette langue :
- essais philosophiques,
- correspondances,
- mémoires politiques,
- poèmes,
- traités historiques.
Sa relation avec Voltaire symbolise cette fascination. Pendant plusieurs années, le philosophe français séjourne auprès du roi de Prusse. Les deux hommes s’admirent autant qu’ils se supportent difficilement : orgueil contre orgueil, ironie contre ironie.
Mais derrière cette relation célèbre se cache quelque chose de plus profond :
au XVIIIe siècle, une partie de l’Allemagne intellectuelle pense encore largement à travers le filtre culturel français.
La Prusse de Frédéric le Grand cherche alors à entrer pleinement dans le concert européen. Et pour cela, parler français apparaît presque indispensable.
Pourtant, ce moment marque aussi le début d’une réaction allemande.
Pendant que les aristocrates prussiens s’expriment en français, des penseurs allemands comme Lessing, Herder, Goethe ou Schiller commencent à défendre la richesse propre de la langue allemande. Peu à peu naît une conscience culturelle nationale qui refuse d’être simplement une imitation de Paris.
Ainsi, Frédéric le Grand représente un moment charnière :
- une Allemagne politiquement montante,
- mais encore culturellement très francisée.
Le XIXe siècle inversera progressivement cet équilibre.
Mais aujourd’hui encore, les archives de Sans-Souci révèlent une scène étonnante :
des textes fondateurs de la Prusse moderne rédigés dans la langue de Molière.
Comme si, pendant un instant, la puissance allemande avait parlé français.
Points importants (English)
- Frédéric le Grand écrivait principalement en français
- Le français dominait la culture des élites prussiennes
- Voltaire séjourna à la cour de Prusse
- Le français était la grande langue diplomatique européenne
- Le nationalisme allemand réagira ensuite contre cette influence
Sources
- Frederick the Great
- Voltaire
- Correspondance Frédéric II–Voltaire
- Archives du palais de Sans-Souci
- Michel Espagne, transferts culturels franco-allemands
- Études sur les Lumières prussiennes
Bibliographie conseillée
- Pierre Gaxotte, Frédéric II
- Voltaire, Correspondance avec Frédéric II
- Christopher Clark, Iron Kingdom
- Michel Espagne, Les transferts culturels franco-allemands
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