La conférence biennale de la Société des archéologues africanistes réunit chercheurs et institutions en Côte d’Ivoire. Derrière les fouilles et les objets se joue une question plus politique : qui étudie, conserve et raconte le passé du continent ?
English summary
Abidjan is hosting the biennial meeting and conference of the Society of Africanist Archaeologists from 25 July to 1 August 2026. The event comes at a time when African countries are demanding greater control over archaeological research, museum collections and cultural restitution. Côte d’Ivoire is also developing underwater archaeology and presenting its restitution policy as a model. The central challenge is to ensure that African heritage is studied with local researchers and communities rather than merely extracted, classified and interpreted elsewhere.
Du 25 juillet au 1er août 2026, l’Université Félix-Houphouët-Boigny de Cocody accueille à Abidjan la réunion et la conférence biennale de la Société des archéologues africanistes.
L’événement figure dans l’agenda officiel du gouvernement ivoirien et du ministère de la Culture et de la Francophonie. Il rassemble des chercheurs travaillant sur les sociétés anciennes, les migrations, les techniques, les sites, les objets et les paysages du continent africain.
Le choix d’Abidjan possède une portée qui dépasse l’organisation d’un congrès universitaire.
Pendant longtemps, une grande partie de l’archéologie africaine a été conduite par des institutions européennes ou nord-américaines. Les objets découverts, les archives et parfois même les résultats scientifiques quittaient le continent. Réunir les spécialistes en Côte d’Ivoire déplace symboliquement le centre de gravité : l’Afrique ne doit plus être seulement le terrain de recherche des autres.
Une science qui ne travaille jamais sur un passé neutre
L’archéologie semble parfois présenter l’image rassurante d’une discipline occupée à mesurer des pierres et à classer des fragments de poterie.
Elle touche pourtant à des questions profondément politiques.
Déterminer l’ancienneté d’un peuplement, identifier des circulations commerciales ou étudier l’organisation d’un royaume peut modifier la manière dont une société raconte ses origines. Les découvertes peuvent confirmer une tradition orale, mais aussi la compliquer ou la contredire.
En Afrique, cette dimension est renforcée par l’histoire coloniale.
Les premiers inventaires furent parfois réalisés pour administrer les populations autant que pour les comprendre. Des catégories ethniques ou culturelles présentées comme anciennes furent figées par les administrations coloniales. L’archéologie contemporaine doit donc examiner non seulement les sols, mais également les cadres intellectuels hérités de cette époque.
Elle doit apprendre à fouiller ses propres présupposés, opération plus délicate qu’un chantier classique puisqu’on ne peut pas simplement les ranger dans une caisse numérotée.
Former et financer les chercheurs africains
L’organisation d’une conférence internationale à Abidjan n’aura d’effet durable que si elle renforce les équipes locales.
Les universités africaines disposent de chercheurs compétents, mais les moyens nécessaires aux fouilles, aux datations, aux analyses biologiques, à la conservation et à la publication restent très inégaux.
Un projet archéologique exige des laboratoires, des véhicules, des équipements photographiques, des bases de données et des années de travail. Lorsque le financement vient entièrement d’institutions étrangères, celles-ci peuvent imposer leurs priorités scientifiques et conserver une grande partie des résultats.
La coopération internationale reste indispensable. La question n’est pas de remplacer les chercheurs étrangers par un isolement national.
Il s’agit de construire des partenariats équilibrés : codirection des programmes, formation des étudiants, partage des données, dépôt des collections dans le pays concerné et publications accessibles aux chercheurs locaux.
Une coopération où l’un apporte le terrain et l’autre garde les résultats ressemble moins à un partenariat qu’à une vieille habitude repeinte aux couleurs du développement durable.
De la restitution des objets à la restitution du savoir
La Côte d’Ivoire met actuellement en avant son expérience dans le domaine des restitutions patrimoniales.
Lors du sommet Africa Forward de Nairobi, en mai 2026, la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a présenté l’approche ivoirienne en matière de retour des biens culturels et de coopération muséale. Le gouvernement affirme vouloir associer restitution, formation des jeunes et renouvellement des partenariats culturels.
La restitution ne concerne toutefois pas seulement les œuvres exposées dans les musées européens.
Elle doit aussi porter sur les archives, les photographies, les relevés de fouilles et les données scientifiques. Un pays peut récupérer une statue tout en restant dépendant d’un laboratoire étranger pour connaître son histoire, sa datation ou son contexte archéologique.
La souveraineté patrimoniale suppose donc la capacité de produire et de conserver le savoir.
Le retour d’un objet est un geste puissant. Le retour des compétences, des archives et des moyens de recherche est moins spectaculaire, mais probablement plus décisif.
Assinie et le patrimoine sous-marin
La Côte d’Ivoire cherche également à développer l’archéologie subaquatique, notamment autour d’Assinie.
Le littoral conserve les traces des routes commerciales, des navires, des échanges côtiers et de l’histoire atlantique. Le ministère ivoirien de la Culture met désormais en avant ces recherches dans sa communication patrimoniale. L’UNESCO répertorie également la Côte d’Ivoire parmi les pays concernés par le développement de la protection du patrimoine culturel subaquatique.
L’enjeu est scientifique, mais aussi économique.
Les sites sous-marins peuvent attirer des projets de recherche et contribuer à la valorisation touristique. Ils sont cependant fragiles. Les épaves et les objets peuvent être détruits par les travaux côtiers, le pillage, la pêche ou une exploitation touristique mal encadrée.
Le patrimoine sous-marin ne doit pas devenir une carrière de souvenirs pour plongeurs entreprenants.
Il exige des inventaires, des règles de protection, des spécialistes et une coopération entre archéologues, autorités maritimes, pêcheurs et communautés côtières.
Un patrimoine ivoirien plus vaste que les musées
La Côte d’Ivoire compte cinq biens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : deux ensembles culturels et trois sites naturels.
La ville historique de Grand-Bassam et les mosquées de style soudanais du nord figurent parmi les biens culturels reconnus. Le parc archéologique d’Ahouakro et le parc national des îles Ehotilé apparaissent sur la liste indicative du pays.
À ce patrimoine matériel s’ajoutent plusieurs pratiques inscrites au patrimoine culturel immatériel : le Zaouli, le Gbofe d’Afounkaha, le tissage traditionnel du pagne, les savoir-faire liés à l’attiéké et les pratiques associées au balafon.
Cette diversité rappelle qu’un patrimoine ne se résume pas à des objets anciens.
Il comprend des gestes, des musiques, des recettes, des architectures, des paysages et des mémoires. L’archéologie doit dialoguer avec ces traditions vivantes plutôt que parler à leur place.
Associer les populations aux recherches
Une fouille peut être scientifiquement réussie et socialement maladroite.
Les équipes arrivent, ferment un espace, prélèvent des objets, publient un article dans une langue inaccessible aux habitants, puis repartent. Les communautés locales apprennent parfois plusieurs années plus tard ce qui a été découvert sur leur propre territoire.
L’archéologie contemporaine cherche davantage à associer les populations : consultations, emplois locaux, musées de site, programmes scolaires et restitution publique des résultats.
Cette participation n’implique pas que chaque interprétation scientifique doive être soumise au vote.
Elle signifie que les habitants ne sont pas de simples figurants installés autour du chantier. Ils possèdent des connaissances, des récits et des intérêts légitimes dans la conservation du site.
Un patrimoine auquel la population ne trouve aucun sens devient plus difficile à protéger. On ne défend pas longtemps une pierre que l’on vous a seulement demandé de ne pas toucher.
La francophonie comme réseau scientifique
La conférence d’Abidjan montre aussi un aspect moins visible de la Francophonie : la circulation des savoirs.
Le français reste une langue de recherche dans plusieurs pays africains, mais la domination de l’anglais dans les publications scientifiques peut réduire la visibilité internationale des travaux francophones.
Le défi n’est pas de choisir entre les deux langues.
Les chercheurs doivent pouvoir publier en anglais pour être lus largement, en français pour participer à un espace scientifique commun, et dans les langues nationales lorsque les résultats concernent directement les communautés.
Une francophonie scientifique utile devrait financer les traductions, les revues, les bases de données et les échanges entre universités africaines.
Elle ne peut pas se contenter d’organiser des colloques sur la diversité linguistique en exigeant ensuite que toutes les communications importantes soient disponibles uniquement dans la langue du laboratoire le mieux financé.
Cap sur Erevan 2027
Aucune information officielle substantiellement nouvelle sur les Jeux de la Francophonie n’a été publiée pour cette édition du 28 juillet.
Les dates, les disciplines et le nombre de délégations déjà inscrites ont été présentés dans les articles précédents. Ils ne sont donc pas répétés aujourd’hui.
La rubrique reprendra dès qu’une sélection nationale, une qualification, une décision d’organisation ou une participation ultramarine sera officiellement annoncée.
Note culturelle : Grand-Bassam, une ville qui conserve plusieurs mémoires
Grand-Bassam fut la première capitale coloniale de la Côte d’Ivoire.
Son architecture conserve des bâtiments administratifs, commerciaux et résidentiels liés à l’histoire coloniale. Mais la ville ne peut pas être réduite à un décor européen posé sur le golfe de Guinée.
Elle fut aussi un espace africain de commerce, de travail, de résistance, de création et de transformation sociale. Son inscription au patrimoine mondial en 2012 reconnaît cette rencontre entre urbanisme colonial et société ivoirienne.
Préserver Grand-Bassam suppose donc d’éviter deux récits trop simples : la nostalgie coloniale et l’effacement pur et simple des traces de cette période.
Un patrimoine difficile ne demande pas d’être admiré sans réserve. Il demande d’être compris.
Points essentiels
Abidjan accueille la conférence biennale de la Société des archéologues africanistes du 25 juillet au 1er août 2026.
L’événement se déroule à l’Université Félix-Houphouët-Boigny.
L’archéologie africaine cherche à renforcer la place des chercheurs, institutions et communautés du continent.
La restitution doit concerner les objets, mais aussi les archives, les données et les compétences scientifiques.
La Côte d’Ivoire développe notamment l’archéologie subaquatique autour d’Assinie.
Le pays compte cinq biens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Aucune nouveauté officielle ne justifie aujourd’hui de répéter les informations déjà données sur Erevan 2027.
Sources
Gouvernement de Côte d’Ivoire : agenda de la conférence de la Société des archéologues africanistes
Ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie : restitutions et coopération muséale
Pour aller plus loin
Commenter
Les restitutions patrimoniales doivent-elles inclure systématiquement les archives, les données scientifiques et les formations, en plus des objets ?
Comment associer les populations locales aux fouilles sans transformer la recherche scientifique en simple animation touristique ?
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