À un an des dixièmes Jeux de la Francophonie, l’Arménie prépare un rendez-vous où les artistes concourront aux côtés des sportifs. Une occasion rare de montrer que le français peut encore relier des jeunesses qui ne partagent ni le même continent ni la même histoire.
English summary
One year before the opening of the 10th Francophonie Games in Yerevan, preparations are entering their decisive phase. Thirty-seven states and governments are already registered for an event combining ten sports disciplines and ten cultural competitions. Hosting the Games for the first time, Armenia hopes to strengthen its place within the Francophone world. The success of Yerevan 2027 will depend not only on venues and logistics, but also on whether the event creates lasting opportunities for young artists and athletes.
Le compte à rebours est lancé.
Le 23 juillet 2027, Erevan accueillera la cérémonie d’ouverture des dixièmes Jeux de la Francophonie. Pendant dix jours, plusieurs milliers de jeunes artistes et sportifs doivent se retrouver dans la capitale arménienne.
À un an de l’événement, 37 États et gouvernements sont déjà inscrits. Les organisateurs entrent désormais dans la phase décisive de préparation des sites, des délégations, des compétitions et de l’accueil du public.
L’événement possède une caractéristique que peu de manifestations internationales peuvent revendiquer : les compétitions sportives et les concours culturels y occupent officiellement une place équivalente.
On pourra donc recevoir une médaille en athlétisme, en judo ou en football, mais aussi en littérature, photographie, chanson, sculpture ou théâtre.
Une manière assez élégante de rappeler qu’un pays rayonne autant par ses artistes que par la rapidité de ses coureurs.
Dix disciplines sportives et dix concours culturels
Le programme comprend dix disciplines sportives :
athlétisme, para-athlétisme, judo, football, tennis de table, basket 3 contre 3, breaking, haltérophilie, basket fauteuil 3 contre 3 et échecs.
Dix concours culturels sont également prévus :
chanson, création numérique, conte, danse de création, jonglerie avec ballon, littérature, peinture, photographie, sculpture et théâtre.
Le théâtre, le breaking, le basket fauteuil, l’haltérophilie et les échecs feront notamment leur entrée dans cette dixième édition.
Cette égalité numérique entre sport et culture ne garantit cependant pas une égalité médiatique.
Les finales sportives attireront probablement davantage de caméras qu’un concours de nouvelles. Le véritable test sera donc la capacité des Jeux à donner aux artistes une visibilité durable, plutôt que de les installer dans une aimable annexe culturelle entre deux compétitions.
Pourquoi l’Arménie ?
Les Jeux de la Francophonie se dérouleront pour la première fois en Arménie.
Le pays n’est pas majoritairement francophone. L’arménien demeure naturellement la langue nationale et le principal véhicule de sa culture.
L’appartenance de l’Arménie à la Francophonie repose davantage sur une politique d’ouverture, sur l’enseignement du français, sur les relations diplomatiques et sur une proximité culturelle ancienne avec la France.
Cette situation rend le choix d’Erevan particulièrement intéressant.
La Francophonie ne peut plus se définir uniquement comme l’ensemble des pays où le français fut diffusé par l’histoire coloniale. Elle doit également devenir un espace volontaire, rejoint par des États qui considèrent le français comme une langue supplémentaire de coopération.
L’Arménie représente donc peut-être une forme de francophonie choisie plutôt qu’héritée.
Une préparation encore très institutionnelle
Le Comité international des Jeux de la Francophonie présente Erevan 2027 comme un rendez-vous fondé sur le respect, l’inclusion, l’amitié, la paix et le développement durable.
Ces principes sont naturellement difficiles à contester. Un organisateur choisit rarement « rivalité, gaspillage et désorganisation » comme devise officielle.
La crédibilité de ces engagements dépendra cependant de décisions très concrètes :
l’accessibilité des équipements, les conditions de séjour des délégations, la prise en compte des personnes handicapées, la transparence des marchés, la mobilité dans Erevan et l’impact environnemental de l’événement.
Une manifestation internationale ne se juge pas uniquement à sa cérémonie d’ouverture. Elle se mesure aussi au fonctionnement des navettes, à la qualité des hébergements et à la capacité d’un jeune artiste inconnu à trouver la salle où il doit présenter son œuvre.
Trente-sept délégations, mais quelles conditions de départ ?
Les Jeux accueillent des jeunes artistes et sportifs sélectionnés par les États et gouvernements membres de l’Organisation internationale de la Francophonie.
Près de 2 000 concurrents participent généralement à chaque édition. Les candidats doivent être âgés de 18 à 35 ans et représenter un État ou un gouvernement officiellement inscrit.
Le chiffre de 37 délégations, atteint un an avant l’ouverture, constitue un début solide.
Il faudra néanmoins observer la diversité géographique et sociale des participants.
Certaines délégations disposent de fédérations structurées, de conservatoires, d’équipements et de financements importants. D’autres doivent préparer leurs candidats dans des conditions plus fragiles.
Une compétition peut célébrer l’égalité tout en reproduisant les inégalités de départ.
L’accompagnement des délégations les moins dotées constituera donc un élément essentiel. Sans cela, les Jeux risquent de devenir une vitrine principalement occupée par les pays déjà les mieux organisés.
La culture ne doit pas devenir la pause entre deux matchs
Les Jeux de la Francophonie furent créés avec une intuition originale : associer dans une même manifestation internationale la performance sportive et la création culturelle.
Depuis la première édition organisée au Maroc en 1989, ils se sont déroulés en France, à Madagascar, au Canada, au Niger, au Liban, en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo.
Cette histoire reflète la diversité géographique de la Francophonie.
Elle pose aussi une question : que deviennent les artistes récompensés après la remise des médailles ?
Une distinction culturelle n’a de sens que si elle ouvre des résidences, des publications, des expositions, des tournées ou des collaborations professionnelles.
Sans accompagnement, le concours risque de devenir une parenthèse brillante dans une carrière toujours aussi précaire.
L’année précédant les Jeux devrait donc servir à préparer l’après-Erevan autant que la cérémonie d’ouverture.
Une Francophonie réellement multilingue
Erevan pourrait devenir le laboratoire d’une Francophonie plus souple et plus réaliste.
Le français y serait une langue commune de rencontre, sans chercher à remplacer l’arménien ni les langues maternelles des autres participants.
Cette distinction est essentielle.
La Francophonie ne survivra pas en demandant à chacun de parler français à la place de sa propre langue. Elle peut en revanche proposer le français comme une langue supplémentaire permettant à un Arménien, un Sénégalais, un Québécois, un Libanais, un Haïtien et un Polynésien de travailler ensemble.
Le français devient alors un pont, non un rouleau compresseur.
Quelle place pour les outre-mer ?
Les territoires ultramarins français possèdent des talents sportifs et artistiques considérables. Leur représentation internationale passe toutefois généralement par les structures nationales françaises.
Les Jeux pourraient donner une visibilité particulière à leurs langues créoles, leurs musiques, leurs arts visuels, leurs traditions orales et leurs disciplines sportives.
Encore faut-il que les outre-mer ne soient pas considérés comme un simple réservoir de médailles.
Une chanteuse martiniquaise, un photographe calédonien ou un conteur réunionnais ne représentent pas seulement une performance individuelle. Ils portent une histoire, un territoire et parfois une langue qui élargissent la définition même de la Francophonie.
La France gagnerait à présenter cette diversité plutôt qu’à la fondre dans une délégation culturellement uniforme.
Note culturelle : le symbole arménien de l’éternité
L’identité des Jeux s’inspire notamment du symbole arménien de l’éternité et de la danse traditionnelle kochari.
Le symbole de l’éternité, souvent sculpté sur les monuments arméniens, prend la forme d’une rosace ou d’un mouvement circulaire. Il évoque la continuité, le temps et la permanence.
Le kochari est une danse collective pratiquée dans plusieurs régions arméniennes. Les danseurs avancent ensemble, liés par les bras ou les épaules, selon des pas fortement rythmés.
Le choix convient assez bien à la Francophonie : chacun conserve son pas, mais le cercle ne tient que si personne ne décide de danser seul au milieu de la place.
Points essentiels
Les dixièmes Jeux de la Francophonie auront lieu à Erevan du 23 juillet au 1er août 2027.
Trente-sept États et gouvernements sont déjà inscrits.
Dix disciplines sportives et dix concours culturels figurent au programme.
L’Arménie accueille les Jeux pour la première fois.
L’enjeu porte autant sur l’organisation matérielle que sur l’avenir professionnel des jeunes talents.
Erevan peut promouvoir une Francophonie choisie, multilingue et non uniforme.
Les outre-mer doivent y être visibles comme territoires culturels, et non seulement comme viviers sportifs.
Sources
Comité international des Jeux de la Francophonie : Erevan 2027, un an avant les Jeux
Programme officiel des dix disciplines sportives et des dix concours culturels
Présentation officielle des dixièmes Jeux de la Francophonie
Foire aux questions officielle : participation, dates et fonctionnement des Jeux
Pour aller plus loin
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Les Jeux de la Francophonie peuvent-ils réellement donner autant de place aux artistes qu’aux sportifs ?
L’Arménie représente-t-elle l’avenir d’une Francophonie choisie et multilingue, ou seulement une extension diplomatique supplémentaire de l’OIF ?
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