Le premier Forum Francophonie 4.0 réunira décideurs, entrepreneurs et innovateurs à Bruxelles. Reste à prouver qu’un colloque consacré à l’innovation peut produire autre chose que des recommandations soigneusement rangées.
English summary
The Organisation internationale de la Francophonie has opened applications for the first Francophonie 4.0 Forum, scheduled for 23 September 2026 in Brussels. The event will focus on artificial intelligence and employment, local innovation, sustainable development, and entrepreneurship among young people and women. Its relevance will depend on whether it produces measurable projects, funding and accessible tools for Francophone countries rather than another institutional declaration.
Le 24 juillet 2026, l’Organisation internationale de la Francophonie a ouvert les candidatures pour la première édition du Forum Francophonie 4.0.
L’événement se tiendra le 23 septembre à Bruxelles. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 12 septembre. L’OIF souhaite réunir des décideurs, des entrepreneurs, des innovateurs, des experts et des représentants de la société civile autour de deux grandes transformations : l’intelligence artificielle et l’innovation locale.
L’ambition affichée est importante : faire des mutations technologiques une source d’emplois, de développement durable et d’entrepreneuriat pour les jeunes et les femmes de l’espace francophone.
Le vocabulaire est résolument tourné vers l’avenir.
Il faudra néanmoins éviter que « l’écosystème », « l’innovation endogène » et « les synergies » accomplissent leur fonction institutionnelle habituelle : donner l’impression que l’on vient de résoudre un problème en lui offrant trois nouveaux noms.
L’intelligence artificielle transforme déjà le travail
Le premier axe du forum portera sur l’intelligence artificielle et l’emploi.
L’objectif annoncé consiste à analyser les nouveaux métiers, les compétences émergentes et les transformations du marché du travail dans les pays francophones.
La question est urgente.
Les outils d’intelligence artificielle peuvent aider à traduire, enseigner, programmer, diagnostiquer, gérer des cultures agricoles ou automatiser des tâches administratives. Ils peuvent également supprimer certains emplois, fragiliser les professions intermédiaires et renforcer la dépendance à quelques grandes entreprises étrangères.
Les pays francophones ne partent pas avec les mêmes moyens.
Le Canada, la Belgique, la France, la Suisse ou le Luxembourg disposent d’universités, d’infrastructures numériques et de capitaux importants. De nombreux pays africains possèdent une population jeune et des usages numériques dynamiques, mais manquent parfois d’électricité stable, de réseaux accessibles, de formations spécialisées ou de financement.
Parler de l’IA comme d’une occasion commune sans reconnaître ces différences serait trompeur.
Une même technologie peut produire un gain de productivité dans une administration bien équipée et une dépendance supplémentaire dans un pays obligé d’importer les logiciels, les serveurs et les compétences.
Une intelligence artificielle qui parle quelles langues ?
L’espace francophone ne parle jamais seulement français.
Les citoyens utilisent aussi l’arabe, le wolof, le créole haïtien, le malgache, le lingala, le bambara, le vietnamien, l’arménien, le roumain, les langues kanak et de nombreuses langues régionales.
Or les systèmes d’intelligence artificielle fonctionnent d’autant mieux qu’ils disposent de vastes corpus correctement numérisés et annotés.
Les langues dominantes bénéficient de millions de textes, d’enregistrements et de traductions. Les langues moins documentées risquent d’être mal comprises ou entièrement ignorées.
Le Forum Francophonie 4.0 devrait donc poser une question que les grands discours sur l’innovation évitent parfois : qui possède les données linguistiques, qui les collecte, qui les utilise et dans quelles langues les services seront-ils réellement disponibles ?
Développer l’IA en français tout en rendant invisibles les langues nationales ne constituerait pas un progrès francophone. Ce serait une centralisation numérique avec une interface plus élégante.
L’innovation locale, joli concept ou vraie méthode ?
Le second axe du forum concerne l’innovation locale et le développement durable.
L’idée est juste. Les solutions importées ne correspondent pas toujours aux réalités des territoires.
Un outil agricole conçu pour une exploitation européenne de plusieurs centaines d’hectares ne répond pas nécessairement aux besoins d’une petite ferme familiale au Cameroun. Une plateforme scolaire exigeant une connexion permanente sera peu utile dans une région où l’accès au réseau demeure intermittent.
L’innovation locale consiste à partir des besoins, des compétences et des ressources disponibles sur place.
Elle peut prendre des formes modestes : irrigation économe, applications fonctionnant hors connexion, outils de diagnostic médical adaptés aux centres ruraux, recyclage de matériaux ou plateformes commerciales utilisant les langues locales.
Ces initiatives sont souvent moins spectaculaires qu’un grand modèle d’intelligence artificielle. Elles peuvent pourtant produire davantage d’effets immédiats.
Le forum devra donc décider s’il veut récompenser les projets les plus impressionnants dans une présentation PowerPoint ou les solutions réellement utilisables après le départ des experts.
Les jeunes et les femmes au centre, mais avec quels financements ?
L’OIF souhaite valoriser l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes.
L’objectif revient fréquemment dans les programmes de coopération internationale. Il répond à des obstacles réels : difficulté d’accéder au crédit, réseaux professionnels fermés, manque de formation et poids des responsabilités familiales.
Mais l’entrepreneuriat peut aussi devenir une manière élégante de transférer le risque sur les individus.
Lorsqu’un marché du travail ne crée pas suffisamment d’emplois, on invite chaque jeune à créer son entreprise. Lorsqu’il échoue faute de financement, de clients ou d’infrastructures, l’échec lui est ensuite présenté comme un manque d’audace.
Un programme sérieux doit donc aller plus loin que la formation à la présentation d’un projet.
Il faut des financements, du mentorat, des marchés publics accessibles, une protection juridique et un accompagnement sur plusieurs années.
Une journée de réseautage peut permettre une rencontre. Elle ne remplace pas une politique économique.
Bruxelles ne doit pas devenir le centre naturel de toutes les solutions
Le forum aura lieu à Bruxelles, où se trouvent les institutions européennes et de nombreux réseaux diplomatiques.
Ce choix facilite la présence des décideurs, des bailleurs et des organisations internationales. Il comporte aussi un risque : réfléchir aux innovations destinées à l’Afrique, aux Caraïbes ou au Pacifique depuis une salle européenne parfaitement équipée.
La participation de porteurs de projets venus du terrain sera donc essentielle.
Il faudra également rendre accessibles les débats, les documents et les recommandations aux personnes qui ne pourront pas voyager.
Un forum consacré au numérique qui ne proposerait pas une participation distante de qualité aurait un léger problème de cohérence. Disons que l’ironie serait technologiquement avancée.
Mesurer les résultats plutôt que collectionner les déclarations
L’OIF annonce vouloir produire un cadre de référence et des recommandations opérationnelles pour les politiques publiques et les investissements.
Ces documents peuvent être utiles. Ils ne doivent pas constituer le résultat final.
Quelques indicateurs permettraient d’évaluer réellement le forum :
le nombre de projets financés après la rencontre ;
la part des initiatives conduites hors d’Europe ;
le nombre de femmes et de jeunes entrepreneurs accompagnés pendant plus d’un an ;
la création de ressources numériques en langues africaines, créoles ou asiatiques ;
les emplois effectivement créés ;
les outils rendus libres ou accessibles aux administrations et aux universités.
Sans suivi public, le Forum Francophonie 4.0 rejoindra la vaste bibliothèque des rencontres internationales dont chacun salue le succès avant d’oublier les conclusions.
Cap sur Erevan 2027
La dernière année de préparation commence
Les dixièmes Jeux de la Francophonie se tiendront à Erevan, en Arménie, du 23 juillet au 1er août 2027.
À un an de l’ouverture, 37 États et gouvernements sont déjà inscrits. Plus de 2 000 jeunes doivent participer à vingt compétitions, réparties également entre dix disciplines sportives et dix concours culturels.
Aucun résultat à publier pour le moment
Il n’existe naturellement encore aucun résultat sportif ou culturel pour l’édition 2027.
Les prochains mois seront consacrés aux sélections nationales, à la préparation des délégations, à la finalisation des équipements et à la publication des listes de concurrents.
La rubrique quotidienne suivra donc les sélections, les qualifications et l’organisation. Les résultats ne commenceront qu’à l’ouverture des compétitions, le 23 juillet 2027.
Les sélections culturelles seront à surveiller
Le programme culturel comprend la chanson, la création numérique, le conte, la danse, la littérature, la peinture, la photographie, la sculpture, le théâtre et la jonglerie avec ballon.
Le théâtre figure pour la première fois au programme, tout comme le breaking, l’haltérophilie, les échecs et le basket fauteuil dans la partie sportive.
La participation des artistes ultramarins devra être particulièrement observée. Leur présence permettra de savoir si les cultures créoles, kanak, polynésiennes, guyanaises ou réunionnaises sont présentées comme des composantes à part entière de la Francophonie, ou simplement fondues dans une délégation française indifférenciée.
Note culturelle : Gisèle Halimi, une voix entre Tunis et Paris
Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927 à La Goulette, en Tunisie, sous le nom de Zeiza Gisèle Élise Taïeb.
Avocate, militante féministe et femme politique franco-tunisienne, elle fit de la langue française un instrument de combat juridique et politique. Son itinéraire relie l’histoire coloniale du Maghreb, les luttes pour l’indépendance, la justice française et les grandes transformations sociales du XXe siècle.
Son parcours rappelle que la Francophonie ne se limite pas à la diffusion d’une langue.
Elle est aussi un espace de controverses, de mémoires coloniales, de droits et de circulations humaines. Le français peut servir l’autorité, mais aussi la contestation de cette autorité.
À l’heure où l’OIF parle d’intelligence artificielle, Gisèle Halimi rappelle une vérité moins technologique : aucun outil ne remplace le courage d’une voix qui accepte de plaider.
Points essentiels
Les candidatures au premier Forum Francophonie 4.0 ont ouvert le 24 juillet 2026.
Le forum se tiendra le 23 septembre à Bruxelles.
Les inscriptions sont possibles jusqu’au 12 septembre.
Les principaux thèmes sont l’intelligence artificielle, l’emploi, l’innovation locale et l’entrepreneuriat.
Le forum devra produire des financements et des projets mesurables, pas seulement des recommandations.
Les langues nationales et locales doivent être intégrées aux politiques francophones d’intelligence artificielle.
Les Jeux de la Francophonie commenceront le 23 juillet 2027, il n’existe donc encore aucun résultat.
Trente-sept États et gouvernements sont déjà inscrits à Erevan 2027
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Sources
OIF : les Jeux de la Francophonie entrent dans leur dernière année de préparation
Comité international des Jeux : programme sportif et culturel d’Erevan 2027
Pour aller plus loin
Francophonie : 396 millions de locuteurs, mais qui voit encore leurs œuvres ?
Outre-mer : reconstruire les institutions sans oublier les cultures vivantes
Francophonie mondiale : les nouveaux défis d’un espace qui ne parle plus seulement de langue
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La Francophonie doit-elle créer ses propres outils d’intelligence artificielle, ou aider ses membres à mieux utiliser les technologies déjà disponibles ?
Comment garantir que l’innovation numérique profite aux langues locales, aux petites entreprises et aux territoires éloignés des centres de décision ?
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