Madagascar veut reconquérir sa souveraineté, du riz à la langu


Taxation des importations, promotion du malgache et soutien à l’entrepreneuriat des jeunes dessinent une même ambition : réduire les dépendances sans fermer l’île au monde francophone





English summary

Madagascar is pursuing several policies aimed at strengthening national sovereignty. A renewed tax on imported rice seeks to support local production, while a new linguistic policy promotes the use of Malagasy in public administration. The government is also launching a youth entrepreneurship programme. These measures respond to real economic and cultural vulnerabilities, but their success will depend on implementation, access to education and the ability to combine Malagasy identity with international and Francophone openness.



Madagascar vient de prendre plusieurs décisions qui semblent appartenir à des domaines différents.

Le gouvernement rétablit une taxation sur le riz importé. L’Assemblée nationale adopte un texte visant à renforcer l’usage du malgache dans les administrations. Un programme consacré à l’entrepreneuriat des jeunes est lancé afin de lutter contre le chômage.

Ces mesures répondent pourtant à une même question : comment un pays peut-il rester ouvert au monde sans dépendre entièrement de ce qu’il importe, qu’il s’agisse de nourriture, de capitaux ou de langue administrative ?

Le riz, question économique et presque constitutionnelle

Le riz occupe une place centrale dans l’alimentation et la culture malgaches.

Madagascar possède une importante tradition rizicole, mais la production nationale ne suffit pas toujours à satisfaire la demande. Le pays doit alors importer des volumes considérables, ce qui l’expose aux prix mondiaux, aux coûts du transport maritime et aux variations monétaires.

Le rétablissement d’une taxe sur le riz importé vise officiellement à protéger les producteurs locaux et à favoriser l’autosuffisance alimentaire. La mesure a été présentée le 23 juillet comme un soutien à la production nationale.

L’objectif paraît cohérent. Si les importations restent durablement moins chères que le riz local, les cultivateurs malgaches ne peuvent investir, améliorer leurs rendements ou vivre correctement de leur travail.

Mais la protection agricole possède un risque immédiat : l’augmentation du prix payé par les familles urbaines et pauvres.

Le gouvernement devra donc éviter que la souveraineté alimentaire devienne une formule élégante désignant simplement un panier de courses plus coûteux.

Produire davantage, mais comment ?

La taxation ne créera pas à elle seule les infrastructures nécessaires.

Les producteurs ont besoin d’irrigation, de semences, de stockage, de routes, d’accès au crédit et de débouchés prévisibles. Sans ces éléments, les droits de douane risquent de protéger les insuffisances plutôt que de stimuler la production.

Madagascar doit également composer avec les cyclones, les sécheresses et les inégalités régionales. Les conditions agricoles du centre, de l’est et du sud de l’île ne sont pas comparables.

La souveraineté alimentaire doit donc être comprise comme une politique de long terme, et non comme la simple décision de rendre les importations plus chères.

Une protection temporaire peut offrir du temps aux producteurs. Elle ne remplace pas les investissements.

Le malgache veut retrouver l’administration

Le Parlement malgache a également adopté une proposition de loi sur la politique et les droits linguistiques.

Le texte vise à renforcer l’emploi du malgache dans les administrations publiques et les institutions officielles. Selon les données présentées par l’Assemblée nationale, 99 % de la population parle le malgache, tandis que plus de 80 % des habitants ne maîtriseraient que cette langue.

La question est donc directement démocratique.

Un citoyen qui ne comprend pas la langue d’un formulaire, d’une procédure judiciaire ou d’une décision administrative ne dispose pas pleinement de ses droits, même lorsque ceux-ci existent dans la loi.

Renforcer le malgache ne relève pas seulement d’un geste identitaire. Il s’agit de permettre à la majorité de la population de comprendre l’État auquel elle est soumise.

Le français doit-il reculer ?

La promotion du malgache ne signifie pas nécessairement l’expulsion du français.

Le français conserve une fonction importante dans l’enseignement supérieur, les relations internationales, les échanges économiques et l’appartenance à la Francophonie. Il permet également l’accès à une vaste production scientifique, universitaire et juridique.

Le véritable danger serait de construire une opposition artificielle entre les deux langues.

Un système réservé au français exclut une grande partie de la population. Un système qui abandonnerait brutalement le français pourrait isoler les étudiants, les chercheurs et les entreprises malgaches.

L’objectif le plus solide serait donc un bilinguisme réellement maîtrisé : le malgache comme langue d’accès aux institutions et à la culture nationale, le français comme langue supplémentaire d’ouverture régionale et internationale.

La francophonie est plus crédible lorsqu’elle permet aux langues nationales de vivre. Elle devient suspecte lorsqu’elle exige leur effacement.

Une jeunesse à qui l’on demande d’entreprendre

Le gouvernement a par ailleurs lancé un programme présenté comme une réponse au chômage des jeunes.

L’initiative entend soutenir la création d’activités et l’entrepreneuriat. Elle intervient après la réunion annuelle du programme de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes de la CONFEJES, organisée à Antananarivo du 13 au 17 juillet. La CONFEJES rassemble les ministres francophones chargés de la jeunesse et des sports.

Le soutien aux jeunes entrepreneurs peut favoriser l’innovation locale et réduire la dépendance aux emplois publics ou aux grandes entreprises.

Mais le mot « entrepreneuriat » possède parfois une commodité politique redoutable. Il permet de transformer le manque d’emplois en invitation faite à chaque jeune de créer lui-même son propre poste.

Tous les jeunes ne peuvent pas devenir chefs d’entreprise. Et ceux qui le souhaitent ont besoin d’un financement accessible, de marchés, de formation et d’un cadre juridique stable.

Sans cela, l’entrepreneuriat risque de devenir le nouveau nom donné au débrouillage.

Souveraineté et lutte contre la corruption

Les projets agricoles, linguistiques et économiques dépendent d’une même condition : la confiance dans les institutions.

L’OIF accompagne actuellement Madagascar dans plusieurs programmes consacrés à l’état civil, à l’éducation et à la lutte contre la corruption.

La protection du riz local ne fonctionnera pas si les circuits d’importation restent opaques.

L’aide aux entrepreneurs ne produira pas d’effet durable si les crédits sont distribués selon les relations politiques.

La promotion du malgache ne rendra pas l’administration plus proche si les procédures demeurent arbitraires ou inaccessibles.

La souveraineté ne consiste donc pas seulement à remplacer l’étranger par le national. Elle suppose que les institutions nationales servent réellement la population.

Une francophonie qui doit accepter le plurilinguisme

Madagascar occupe une place originale dans l’espace francophone.

Sa langue nationale appartient à la famille austronésienne et témoigne des liens anciens de l’île avec l’Asie du Sud-Est. Le peuplement et la langue malgaches sont issus d’une histoire maritime qui relie l’Afrique, l’Indonésie et l’océan Indien.

Le français s’est ajouté à cette histoire, notamment durant la colonisation, puis dans l’éducation, l’administration et la diplomatie.

La francophonie malgache n’est donc pas une identité unique. Elle est une couche supplémentaire dans un pays culturellement africain, austronésien et indianocéanique.

Son avenir dépendra de sa capacité à ne pas demander aux Malgaches de choisir entre leur langue et leur ouverture internationale.

Note culturelle : Denise rencontre Jaojoby

La scène musicale malgache offre précisément un exemple de cette capacité à combiner héritage local et circulation mondiale.

Le 31 juillet, la chanteuse Denise doit se produire avec Jaojoby dans un duo inédit à l’occasion du spectacle Live Stage II. Jaojoby est l’une des grandes figures du salegy, musique dansante du nord de Madagascar devenue emblématique de l’île.

Le salegy repose sur des rythmes rapides, des guitares électriques et un dialogue puissant entre le chant et les percussions. Il montre qu’une culture peut se moderniser sans devenir une copie de modèles étrangers.

La musique malgache ne refuse pas les instruments mondialisés. Elle les oblige simplement à parler malgache.

Cette leçon vaut peut-être aussi pour la francophonie.

Points essentiels

  • Madagascar rétablit une taxation sur le riz importé pour soutenir la production locale.
  • Cette protection peut favoriser les agriculteurs, mais risque aussi d’augmenter les prix.
  • Une nouvelle politique linguistique veut renforcer le malgache dans l’administration.
  • La mesure répond à un enjeu démocratique, car une grande partie de la population ne maîtrise que le malgache.
  • Le français reste important pour l’enseignement supérieur et les relations internationales.
  • Un programme d’entrepreneuriat des jeunes est lancé avec l’appui de réseaux francophones.
  • La réussite de ces politiques dépendra des infrastructures, du financement et de la lutte contre la corruption.

Sources

  • L’Express de Madagascar, articles du 23 juillet sur la taxation du riz, l’entrepreneuriat et la culture.
  • Assemblée nationale de Madagascar, adoption de la loi sur la politique linguistique et les droits linguistiques.
  • Assemblée nationale de Madagascar, rencontre avec la CONFEJES et soutien à l’entrepreneuriat des jeunes.
  • Organisation internationale de la Francophonie, programmes à Madagascar sur l’éducation, l’état civil et la lutte contre la corruption.
  • Étude linguistique sur le peuplement austronésien et les dialectes de Madagascar.

Pour aller plus loin

Commenter

Madagascar doit-il protéger davantage son riz local, même si les prix augmentent temporairement ?

La promotion du malgache dans l’administration peut-elle renforcer la démocratie sans affaiblir l’ouverture francophone du pays ?

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