Du Liban aux Balkans, le français refuse de disparaître

Administration à Beyrouth, enseignants à Struga : loin de Paris, le français conserve des fonctions bien concrètes.




English Summary

From Lebanon to the Balkans, French remains more than a language of cultural heritage. In Lebanon, civil servants are being trained in administrative and diplomatic French, while in North Macedonia and across the Balkans, teachers continue to transmit the language to younger generations. These initiatives reveal a lesser-known Francophonie: dispersed, sometimes fragile, but still active and useful.


Points importants

  • Au Liban, 140 fonctionnaires doivent être formés au français entre septembre et décembre 2026.

  • Les formations portent notamment sur le français administratif, diplomatique, économique et financier.

  • Dans les Balkans, l'OIF continue de soutenir la formation des professeurs de français.

  • La Macédoine du Nord constitue l'un des relais de cette francophonie européenne méconnue.

  • Ces deux exemples montrent une francophonie qui repose autant sur l'utilité du français que sur son héritage culturel.


Une autre carte de la Francophonie

Lorsque l'on évoque la Francophonie, quelques espaces viennent immédiatement à l'esprit : la France, le Québec, la Belgique, la Suisse, l'Afrique francophone ou les Antilles.

Mais il existe une autre francophonie.

Plus discrète, elle s'étend dans des pays où le français n'est ni la langue maternelle de la majorité ni nécessairement une langue officielle. Il y subsiste néanmoins dans les écoles, les universités, la diplomatie, les administrations ou les milieux culturels.

Deux actualités récentes l'illustrent particulièrement bien : l'une au Liban, l'autre dans les Balkans.


Au Liban, former l'État en français

Le 27 juillet 2026, la représentation régionale de l'Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil de la fonction publique libanais et l'Institut français du Liban ont conclu une convention consacrée à la formation linguistique de fonctionnaires.

Entre septembre et décembre, 140 agents publics libanais doivent ainsi perfectionner leur français.

Il ne s'agit pas simplement de cours de conversation.

Les formations concernent des domaines directement liés à l'exercice de leurs fonctions : français administratif, relations internationales, économie ou finances.

Trente fonctionnaires doivent également préparer un diplôme de français professionnel spécialisé dans les relations internationales ou les affaires.

Le symbole est intéressant.

Dans un pays où l'arabe est la langue officielle et où l'anglais occupe désormais une place considérable, le français conserve donc une utilité au sein même de l'appareil d'État.


Le Liban, vieux carrefour francophone

Cette présence ne tombe évidemment pas du ciel.

Les relations culturelles entre le Liban et la France sont anciennes. Les établissements scolaires francophones, les congrégations religieuses, les universités et les institutions culturelles ont contribué pendant des générations à former une importante population francophone.

Le français y a longtemps été une langue de culture, d'éducation, de droit, de commerce et de diplomatie.

Mais son avenir n'est nullement garanti.

La progression mondiale de l'anglais touche également le Liban. C'est précisément ce qui rend intéressantes ces formations : elles montrent que la survie d'une langue ne dépend pas seulement de son prestige historique.

Une langue demeure vivante lorsqu'elle sert à quelque chose.


Dans les Balkans, la bataille de la transmission

À plusieurs milliers de kilomètres de Beyrouth, une autre francophonie tente elle aussi de préserver sa place.

Du 29 juin au 2 juillet 2026, Struga, en Macédoine du Nord, a accueilli des formations destinées aux enseignants de français dans le cadre de l'Université régionale d'été des professeurs de français des Balkans.

L'action s'inscrit dans le travail du Centre régional francophone pour l'Europe centrale et orientale.

Ici, l'enjeu est différent.

Il ne s'agit plus principalement de maintenir le français dans l'administration, mais de conserver suffisamment d'enseignants capables de le transmettre.

Car une langue internationale peut disparaître très doucement : non par interdiction, mais simplement parce que les élèves cessent de la choisir.


Une francophonie européenne oubliée

Les Balkans entretiennent pourtant une longue histoire avec la culture française.

Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, le français fut une langue importante pour les élites politiques, diplomatiques et intellectuelles d'une partie de l'Europe du Sud-Est.

La concurrence de l'anglais a profondément bouleversé cet équilibre.

Mais le français n'a pas disparu.

En Macédoine du Nord comme dans plusieurs pays voisins subsistent des enseignants, des associations, des établissements scolaires, des départements universitaires et des réseaux francophones.

Cette présence est numériquement modeste comparée aux grandes régions francophones du monde.

Elle n'en est pas moins stratégique.


Le français ne gagnera pas contre l'anglais

Il serait probablement illusoire de vouloir transformer cette histoire en compétition frontale avec l'anglais.

L'anglais s'est imposé comme principale langue internationale des sciences, des technologies, des affaires et d'Internet.

Le français possède cependant un autre avantage : il peut offrir une deuxième ouverture internationale.

Pour un étudiant macédonien, serbe ou albanais, apprendre le français donne accès à la France, mais également à la Belgique, à la Suisse, au Québec et à une grande partie de l'Afrique.

Pour un fonctionnaire libanais, il permet de travailler avec tout un réseau diplomatique et institutionnel francophone.

C'est peut-être là que se joue son avenir.


Une langue doit être utile pour rester vivante

Le Liban et les Balkans donnent finalement la même leçon.

Une francophonie uniquement fondée sur le souvenir risque progressivement de devenir patrimoniale.

Molière, Hugo et Baudelaire constituent un héritage extraordinaire, mais ils ne suffiront pas à convaincre un jeune de consacrer plusieurs années à l'apprentissage d'une langue.

Il faut également pouvoir lui dire :

le français peut servir à étudier, travailler, voyager, commercer et exercer des responsabilités internationales.

C'est précisément ce que montrent les initiatives menées au Liban et dans les Balkans.


De Beyrouth à Struga, une francophonie en archipel

La francophonie du XXIᵉ siècle ne correspondra probablement plus à un territoire continu.

Elle ressemblera davantage à un archipel.

Québec, Wallonie, Suisse romande, Afrique, Caraïbes, océan Indien, Liban, Balkans : des communautés très différentes pourront continuer à utiliser la même langue sans partager la même histoire ni la même culture.

Dans cette perspective, les petites francophonies deviennent particulièrement intéressantes.

Elles démontrent que le français peut survivre là où rien ne garantit naturellement sa présence.


Conclusion

Du fonctionnaire libanais qui apprend le vocabulaire de la diplomatie au professeur macédonien qui transmet le français à ses élèves, une même bataille se déroule silencieusement.

Elle ne consiste pas à restaurer un âge d'or disparu.

Elle consiste à donner au français une raison d'exister demain.

Dans un monde dominé par l'anglais, la Francophonie ne conservera probablement pas son influence en proclamant seulement la beauté de sa langue.

Elle la conservera en démontrant son utilité.

Et de Beyrouth aux Balkans, cette démonstration continue.


Note culturelle

La présence française au Liban et dans les Balkans rappelle que la Francophonie ne se confond pas avec l'ancien empire colonial français. Elle résulte aussi de relations diplomatiques, religieuses, universitaires et intellectuelles nouées au cours des siècles.

Cette histoire explique l'existence actuelle de petites communautés francophones dans des régions où le français n'a jamais été la langue de la majorité.


Sources

  • Organisation internationale de la Francophonie (OIF), convention de formation linguistique destinée aux fonctionnaires libanais, juillet 2026.

  • Institut français du Liban.

  • Conseil de la fonction publique du Liban.

  • OIF – Centre régional francophone pour l'Europe centrale et orientale (CREFECO).

  • Université régionale d'été des professeurs de français des Balkans, Struga, Macédoine du Nord, juin-juillet 2026.


Pour aller plus loin

  • La francophonie au Liban et son héritage éducatif.

  • L'enseignement bilingue francophone en Europe centrale et orientale.

  • La place du français dans les organisations internationales.

  • L'avenir du français face à la progression mondiale de l'anglais.



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