À l’ONU, le français n’est pas une langue d’apparat

 

La Francophonie défend le multilinguisme

10 septembre 2026


Summary

The Francophone world and the defence of linguistic plurality

On 4 September 2026, the United Nations General Assembly adopted by consensus a new resolution concerning multilingualism. In a context marked by financial restrictions and the progression of artificial intelligence, the effective equality of the six official languages remains a fundamental question. For the Francophone community, the preservation of French is not merely a cultural consideration: it concerns democratic participation, diplomatic plurality and the universal vocation of international institutions. French remains one of the two principal working languages of the United Nations Secretariat. Its future will consequently depend not only upon juridical recognition, but upon its concrete and habitual utilisation.



En bref

Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté par consensus une nouvelle résolution sur le multilinguisme. Dans une ONU confrontée aux restrictions budgétaires et à l’arrivée massive de l’intelligence artificielle, la question paraît technique. Elle est pourtant profondément politique : une organisation réellement internationale peut-elle fonctionner, dans les faits, presque exclusivement dans une seule langue ?

Pour la Francophonie, la réponse est clairement non.


Une résolution beaucoup plus courte

Le texte adopté, référencé A/80/L.114, est le résultat de plusieurs semaines de négociations conduites notamment par l’Andorre et la République dominicaine.

Il ne comporte plus que 41 paragraphes, contre 92 deux ans auparavant, soit une réduction de plus de 55 %. Cette cure d’amaigrissement s’inscrit dans la volonté actuelle de rationaliser le fonctionnement des Nations Unies et de contenir leurs dépenses.

Sur le papier, l’essentiel demeure cependant : les six langues officielles de l’ONU, arabe, chinois, anglais, espagnol, français et russe, doivent être traitées équitablement. L’ONU rappelle elle-même que le multilinguisme permet aux États de participer effectivement à ses travaux et qu’il constitue une condition du bon fonctionnement de l’organisation internationale.


Le véritable danger est dans la pratique

Personne ne propose aujourd’hui de supprimer officiellement le français des Nations Unies.

Ce n’est d’ailleurs probablement pas ainsi que le français pourrait perdre son statut réel.

Le danger est plus discret : documents d’abord rédigés en anglais, réunions informelles organisées en anglais, traduction différée, restrictions dans les services d’interprétation, contenus numériques produits prioritairement dans une seule langue.

La langue demeure officiellement égale aux autres, mais elle devient progressivement secondaire dans le fonctionnement quotidien.

Or le français possède aux Nations Unies un statut particulièrement important. Depuis 1946, il est non seulement l’une des six langues officielles, mais aussi, avec l’anglais, l’une des deux langues de travail du Secrétariat.

Ce statut n’a de sens que s’il correspond encore à un usage.


La Francophonie s’est mobilisée

C’est ici que l’Organisation internationale de la Francophonie retrouve une fonction très concrète.

Durant les négociations, les États et gouvernements francophones ont coordonné leurs positions avec l’appui de la représentation de l’OIF auprès des Nations Unies à New York. Trois concertations francophones ont notamment été organisées afin d’examiner les différentes versions du texte et de protéger les dispositions garantissant l’équilibre entre les langues officielles.

La résolution a finalement recueilli 103 coparrainages avant son adoption par consensus.

Voilà peut-être une Francophonie moins spectaculaire que les sommets, les discours et les photographies de famille, mais aussi beaucoup plus utile : des pays ayant le français en partage se coordonnent pour conserver la possibilité de travailler réellement en français dans les institutions internationales.


Quand les économies favorisent naturellement l’anglais

La question financière est centrale.

L’ONU connaît une importante crise de liquidités. La nouvelle résolution reconnaît elle-même que les mesures d’économie peuvent affecter la traduction, l’interprétation, la documentation, la couverture des réunions et la production de contenus dans plusieurs langues.

Le problème est presque mécanique.

Lorsqu’il faut réduire les dépenses, conserver un système réellement multilingue coûte davantage que laisser s’installer une langue véhiculaire unique. Et puisque l’anglais occupe déjà cette position dans une grande partie de la diplomatie internationale, les économies risquent d’accélérer ce mouvement sans qu'aucune décision politique explicite soit jamais prise.

C’est ainsi que l’on peut maintenir juridiquement six langues officielles tout en construisant progressivement une organisation fonctionnant principalement en anglais.


L’intelligence artificielle entre dans la bataille des langues

La résolution de 2026 introduit également un élément nouveau : l’intelligence artificielle.

Elle encourage le recours, lorsque cela est approprié, à la traduction automatique et aux outils de rédaction assistée par intelligence artificielle. Elle exige toutefois une supervision humaine et un contrôle de qualité.

L’enjeu est considérable pour la Francophonie.

L’intelligence artificielle peut permettre de traduire davantage de documents à moindre coût et donc, paradoxalement, sauver le multilinguisme.

Mais elle peut aussi produire l'effet inverse si l’on considère qu’il suffit désormais de rédiger systématiquement en anglais avant de laisser une machine fournir, éventuellement plus tard, une version française.

Une langue internationale ne peut être réduite à une traduction.

Elle doit permettre de penser, négocier, rédiger et décider directement dans cette langue.


Le français face au « globish »

La défense du français à l’ONU ne consiste donc pas à réclamer un privilège pour notre langue.

Elle pose une question plus vaste : voulons-nous réellement un monde multilingue ou simplement un monde où toutes les langues sont officiellement respectées à condition que les affaires sérieuses se traitent en anglais ?

La nuance est considérable.

L’OIF affirme d’ailleurs que son action en faveur du français dans les organisations internationales vise précisément à permettre aux diplomates francophones de travailler dans leur langue et à préserver la diversité linguistique.

La Francophonie devient alors autre chose qu’une communauté culturelle. Elle constitue un instrument permettant à plusieurs dizaines d’États de refuser qu’une mondialisation politique entraîne nécessairement une uniformisation linguistique.


Notre angle

Une langue disparaît rarement d’une institution le jour où l’on abolit son statut. Elle commence à disparaître le jour où ses propres locuteurs trouvent plus commode de ne plus s’en servir.

La résolution adoptée le 4 septembre protège encore le principe du multilinguisme. Mais la bataille essentielle se jouera dans son application quotidienne.

Le français possède toujours tous les titres nécessaires pour être une grande langue diplomatique.

Encore faut-il que les francophones parlent français.


Sources

Organisation internationale de la Francophonie, « Multilinguisme aux Nations Unies : la Francophonie mobilisée pour une nouvelle résolution à la hauteur des enjeux », 7 septembre 2026. Lire l’article de l’OIF

Organisation des Nations Unies, présentation des six langues officielles et du multilinguisme. Les langues officielles de l’ONU

Nations Unies, normes minimales relatives au multilinguisme sur les supports numériques.


Pour aller plus loin

Langue française et plurilinguisme, OIF
La langue française aux Nations Unies
La Semaine de haut niveau de l’Assemblée générale 2026


À retenir

Six langues sont officielles à l’ONU. Le véritable enjeu est qu’elles puissent rester six langues effectivement utilisées.


Commentaires

La défense du français dans les organisations internationales vous paraît-elle encore nécessaire ? Le recours à l’intelligence artificielle peut-il favoriser le multilinguisme ou risque-t-il au contraire d’accélérer l’usage d’une langue unique ?


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