Côte d’Ivoire : à Bonoua, la Bible face à la dignité humaine

 

Des exégètes africains relient l’Écriture aux blessures du continent





✝️ Saint du jour : saint Zacharie, prophète

Saint Zacharie exerce son ministère à partir de 520 avant Jésus-Christ, au moment où le peuple revenu d'exil doit reconstruire le Temple de Jérusalem.

Ses prophéties appellent à la conversion, mais elles sont également traversées par une espérance : une communauté blessée peut se relever à condition de ne pas seulement rebâtir ses murs, mais aussi sa fidélité à Dieu.

Sa mémoire prend une tonalité particulière en ce dimanche 6 septembre, alors que la première lecture de la messe présente le prophète comme un « guetteur » chargé d'avertir son peuple.


📖 Quand l’exégèse quitte la bibliothèque

Ce dimanche 6 septembre s'achève à Bonoua, en Côte d'Ivoire, le 22e congrès biennal de l'Association panafricaine des exégètes catholiques, l'APECA.

Depuis le 31 août, biblistes et théologiens sont réunis au Centre Jean-Paul Ier de Kodjoboué, dans le diocèse de Grand-Bassam.

Le sujet pourrait paraître universitaire : la Bible et la dignité humaine.

Mais les organisateurs ont précisément voulu empêcher que l'étude de l'Écriture reste enfermée dans les bibliothèques et les facultés. Les travaux confrontent les textes bibliques à des réalités très contemporaines : violence, esclavage, traite des êtres humains et atteintes à la dignité de la personne.


Vingt-six études, mais une même question

Le programme comprend 26 interventions, dont quinze consacrées à l'Ancien Testament et onze au Nouveau.

Il ne s'agit donc pas de chercher dans la Bible quelques citations susceptibles d'appuyer un discours social déjà construit.

L'enjeu est plus exigeant : comprendre comment des textes écrits dans des sociétés elles-mêmes confrontées à la guerre, à l'esclavage, à la pauvreté et aux rapports de domination peuvent être lus aujourd'hui sans anachronisme, mais sans neutralité morale non plus.

L'exégèse catholique se trouve ici devant une double exigence.

Elle doit respecter le texte, son histoire et son contexte.

Mais elle ne peut faire comme si la Parole de Dieu n'avait rien à dire aux sociétés dans lesquelles vivent ceux qui la lisent.


Une théologie africaine qui veut parler de l'Afrique

Cette rencontre est également intéressante parce qu'elle montre une Église africaine qui ne veut plus seulement recevoir des problématiques théologiques élaborées ailleurs.

Violences politiques, déplacements de populations, exploitation économique, traite humaine, pauvreté ou destruction de l'environnement constituent des questions concrètes pour de nombreuses sociétés du continent.

La réflexion théologique africaine cherche donc progressivement à produire ses propres outils intellectuels.

Mgr Jacques Assanvo Ahiwa a ainsi souhaité que les travaux puissent renforcer la capacité de réflexion et de production intellectuelle de l'APECA afin d'accompagner l'Église d'Afrique et le continent dans leur développement humain intégral.

Cela ne signifie pas inventer une autre Bible.

Cela signifie poser à la même Écriture les questions que fait naître une autre expérience historique.


La dignité humaine avant les slogans

Le choix de la dignité humaine comme fil conducteur évite aussi une réduction du christianisme à un simple programme politique.

Pour la tradition chrétienne, la dignité humaine ne dépend pas d'abord de la richesse, de la puissance, de la nationalité ou de l'utilité sociale d'une personne.

Elle découle de ce qu'est l'être humain.

Cette conception devient particulièrement exigeante lorsqu'elle rencontre les victimes de la traite, les pauvres, les migrants, les prisonniers ou tous ceux que les sociétés risquent de considérer comme interchangeables.

La Bible ne fournit pas une politique publique détaillée.

Elle introduit toutefois une limite radicale : une personne ne peut jamais être réduite à une chose.


De la parole à l’action

Le risque de toutes les rencontres universitaires reste naturellement de produire de beaux textes qui seront ensuite peu lus.

Les organisateurs semblent avoir conscience de cette difficulté.

Les interventions doivent servir à dégager des pistes de réflexion et d'action. Le congrès doit s'achever ce 6 septembre par une messe d'action de grâce, accompagnée d'une présentation des principaux fruits des travaux.

C'est sans doute là que commence le véritable défi.

Faire de l'exégèse une science rigoureuse est indispensable.

Faire en sorte que cette intelligence des Écritures éclaire ensuite la prédication, la formation, l'école, les œuvres sociales et la vie des communautés l'est tout autant.


🌍 Une Église africaine devenue productrice de pensée

Pendant longtemps, la théologie catholique enseignée en Afrique fut largement héritée des universités et des séminaires européens.

Cette époque n'a pas totalement disparu, mais le paysage s'est profondément transformé.

Les Églises africaines possèdent désormais leurs universités, leurs facultés, leurs revues, leurs biblistes et leurs réseaux de recherche.

L'APECA en constitue un exemple particulièrement intéressant : l'Afrique catholique n'est plus seulement un territoire de mission.

Elle est devenue l'un des lieux où se construit la réflexion de l'Église universelle.

Et cette évolution pourrait devenir encore plus importante à mesure que le poids démographique du catholicisme se déplace vers le Sud.


🏺 Note culturelle : Bonoua, terre abouré

Bonoua n'est pas seulement le lieu d'un congrès théologique.

La ville appartient au pays abouré, dans le Sud-Comoé. Son parc M'Ploussoué, créé en 1981 et couvrant environ seize hectares, conserve et présente le patrimoine culturel abouré : musée, artisanat, architecture traditionnelle et jardin botanique.

La ville est également connue pour le Popo Carnaval, grande fête populaire issue des traditions abouré et devenue un rendez-vous culturel majeur de la région.

Le choix de Bonoua pour réfléchir à la Bible et à la dignité humaine prend ainsi une dimension intéressante : le christianisme africain ne se développe pas dans un désert culturel, mais au milieu de peuples possédant déjà leurs langues, leurs mémoires et leurs institutions.

L'inculturation ne consiste donc pas à effacer cette histoire.

Elle consiste à permettre à la foi chrétienne de s'y enraciner.


📚 Sources

  • Vatican News, « L’APECA appelle les exégètes catholiques à mettre la Bible au service de la dignité humaine », 3 septembre 2026. Lire l’article de Vatican News

  • Vatican News, Saint du jour du 6 septembre : saint Zacharie, prophète. Voir le saint du jour

  • Église catholique en France, lectures du 23e dimanche du Temps ordinaire, 6 septembre 2026. Lire les commentaires des textes

  • Ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie, présentation du Popo Carnaval de Bonoua.


🔎 Pour aller plus loin


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La théologie doit-elle rester d'abord une discipline universitaire, ou les théologiens doivent-ils davantage confronter leurs travaux aux grandes crises sociales de leur époque ?


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