Produire, commercer et coopérer en français.
🇬🇧 Résumé en anglais
France could strengthen its economic ties with French-speaking partners through trade, joint industrial projects, vocational training and better transport links. A shared language can make cooperation easier, particularly for small businesses, but lasting partnerships also require reliable infrastructure, funding and mutual trust. Cooperation with Quebec, francophone Europe, Africa and other French-speaking regions should create jobs and expertise on all sides. This approach could help France diversify its markets, although it would not quickly replace existing European trade. Within the current EU framework, France must also respect the common commercial policy. Economic Francophonie would succeed through practical achievements and shared decision-making.
🌍 Une langue commune, une ambition à construire
La France possède une ouverture sur le monde qu’elle pourrait davantage traduire en projets économiques : la francophonie. Du Québec à l’Afrique, de la Belgique au Liban, de la Suisse romande à l’océan Indien, le français permet à des entrepreneurs, des chercheurs, des artisans et des étudiants de travailler dans une langue partagée. Cette proximité ne supprime ni les distances ni les différences, mais elle offre un point de départ pour nouer des relations durables.
Une politique économique francophone pourrait donner à cette communauté de langue une portée plus concrète. Il s’agirait de faciliter les échanges, de développer des productions communes et de multiplier les possibilités de formation. Pour la France, l’intérêt serait d’élargir ses débouchés et ses partenariats. Pour les autres pays, cette coopération devrait apporter des investissements utiles, des compétences et une part équitable de la richesse créée.
🔎 De quel espace francophone parle-t-on ?
Il convient d’abord de distinguer la francophonie vécue de la Francophonie institutionnelle. Les pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie ne constituent pas un marché uniforme dans lequel chacun travaillerait quotidiennement en français. Inversement, des relations commerciales peuvent s’appuyer sur l’usage du français sans se limiter aux frontières de cette organisation.
Une stratégie sérieuse partirait donc des entreprises, des territoires et des usages réels. Elle s’intéresserait aussi bien aux échanges avec le Québec qu’aux relations avec la Belgique francophone, le Luxembourg, la Suisse romande ou les milieux économiques francophones du Maghreb. Elle chercherait des partenaires dans les pays africains où le français permet de travailler ensemble, tout en respectant les langues nationales et les choix propres à chaque société.
L’objectif ne serait pas de dessiner sur une carte un ensemble impressionnant, puis de supposer que le commerce suivra. Il faudrait identifier ce que chaque partenaire produit, ce dont il a besoin et ce qu’il souhaite construire avec les autres.
🏭 Ce que la France pourrait y gagner
Pour les entreprises françaises, une coopération francophone mieux organisée pourrait faciliter l’accès à de nouveaux clients et fournisseurs. Une petite entreprise dispose rarement des moyens nécessaires pour connaître les procédures locales, trouver un distributeur fiable ou assurer le suivi d’un contrat à plusieurs milliers de kilomètres. Des réseaux professionnels capables de l’accompagner dans sa langue pourraient réduire certaines de ces difficultés.
Les possibilités dépasseraient largement la vente de marchandises. La maintenance industrielle, les logiciels, l’ingénierie, la formation, l’édition ou la production audiovisuelle se prêtent également à des partenariats. Dans ces activités, comprendre précisément une demande, transmettre un savoir-faire et assurer un service après-vente constituent des avantages importants.
Des initiatives existent déjà. En juin 2024, l’OIF a organisé au Québec une mission économique réunissant des entreprises de différentes régions francophones, notamment dans l’agroalimentaire, les énergies renouvelables et le numérique. Ce type de rencontre donne une traduction pratique à une coopération souvent présentée sous son seul aspect culturel.
🤝 Produire ensemble et partager les bénéfices
La réussite d’un tel projet dépendrait de son équilibre. Les partenaires de la France ont leurs propres ambitions industrielles, agricoles et technologiques. Une relation durable devrait leur permettre de développer leur production, de former leur jeunesse et de conserver davantage de valeur sur leur territoire.
Dans l’agroalimentaire, par exemple, une coopération pourrait associer des producteurs locaux, des entreprises de transformation et des fabricants français d’équipements. Dans le domaine de l’eau, elle pourrait réunir des collectivités, des techniciens et des entreprises autour de l’entretien des réseaux. L’intérêt serait de construire des activités capables de fonctionner dans la durée, avec des personnels formés et des responsabilités clairement partagées.
Pour la France également, il faudrait regarder la qualité des projets. Une hausse des échanges ne garantit pas automatiquement davantage d’emplois sur le territoire français. Les soutiens publics devraient donc être évalués selon des résultats concrets : investissements réalisés, emplois créés, compétences transmises et utilité des équipements financés.
⚓ Des ports aux territoires d’outre-mer
Une politique économique internationale se mesure aussi à ses liaisons maritimes, à ses entrepôts et à ses délais de livraison. La langue commune facilite une négociation ; elle ne transporte pas une cargaison. Développer les échanges francophones demanderait donc de travailler sur les coûts logistiques, la fiabilité des acheminements et la circulation de l’information.
Marseille-Fos pourrait trouver dans cette ambition des occasions de renforcer ses relations méditerranéennes et africaines. Les autres ports français auraient également leur rôle, selon leurs dessertes et leurs spécialités. Il faudrait partir des besoins des entreprises et des volumes réellement envisageables, afin que les projets correspondent à une activité économique viable.
Les territoires français d’outre-mer mériteraient une place à part entière dans cette réflexion. Une coopération régionale pourrait concerner l’alimentation, la formation, la réparation navale ou le tourisme. Elle devrait être conçue avec les acteurs locaux et répondre à leurs besoins, notamment lorsque de nouvelles liaisons permettraient de diversifier les approvisionnements ou de développer des productions sur place.
🛠️ Passer des sommets aux réalisations
Une première mesure consisterait à rendre l’accompagnement des petites entreprises plus accessible. Un entrepreneur devrait pouvoir identifier facilement un interlocuteur capable de l’aider à comprendre un marché, vérifier un partenaire et préparer son implantation. Les dispositifs existants gagneraient à être mieux reliés entre eux, avec un suivi des projets après les rencontres officielles.
Une deuxième priorité serait de faciliter le financement des coopérations productives. Des garanties et des cofinancements pourraient soutenir des projets associant plusieurs partenaires, sous réserve d’une évaluation rigoureuse. La transparence des contrats, la maîtrise de l’endettement et la capacité à entretenir les équipements seraient essentielles à leur réussite.
Enfin, la formation devrait occuper une place centrale. Des échanges entre établissements techniques, des stages encadrés et des programmes communs permettraient de transmettre des compétences utiles. L’ambition serait aussi de donner aux personnes formées les moyens d’exercer dans leur pays, d’y entreprendre et de faire vivre les partenariats.
🇪🇺 Quelle articulation avec l’Union européenne ?
La question européenne doit être posée clairement. Dans le cadre actuel, la politique commerciale commune relève de la compétence exclusive de l’Union européenne. La France ne peut donc pas décider seule d’un régime général de préférences douanières ou conclure librement ses propres accords de libre-échange avec les pays francophones.
Il existe cependant une différence entre un traité commercial et un programme de coopération économique. Accompagner des entreprises, développer la formation et encourager des partenariats industriels offrent des possibilités d’action, dans le respect des règles applicables. Une union douanière francophone autonome constituerait, elle, un projet institutionnel d’une tout autre ampleur.
Il serait également imprudent de promettre que les marchés francophones pourraient remplacer rapidement les échanges européens de la France. La proximité géographique et les relations industrielles déjà établies comptent beaucoup. La diversification demanderait du temps, des investissements et des partenaires volontaires, quelle que soit l’évolution future des relations entre la France et l’Union européenne.
💬 Notre regard : une communauté de projets
La francophonie économique mérite mieux qu’une succession de déclarations solennelles. Elle pourrait devenir une politique suivie, dont on mesurerait les résultats à travers les entreprises accompagnées, les formations dispensées et les productions développées. Sa crédibilité viendrait de sa capacité à améliorer concrètement la vie économique des territoires concernés.
La France aurait intérêt à porter cette ambition avec constance, en acceptant une gouvernance partagée. Le français appartient à tous ceux qui le parlent ; les projets construits dans cette langue doivent également laisser à chacun sa place et sa liberté. C’est sur cette réciprocité qu’une coopération pourrait durer.
📚 Note culturelle : le français, langue de travail
Défendre une langue passe aussi par les usages qu’on lui donne. Lorsqu’un ingénieur rédige une documentation, qu’un enseignant prépare une formation ou qu’une entreprise développe un logiciel en français, ils rendent possible une activité professionnelle dans cette langue. La vitalité linguistique dépend ainsi, pour une part, de la disponibilité des connaissances et des outils.
Une ambition économique francophone pourrait soutenir la production de ressources techniques, pédagogiques et numériques accessibles. Apprendre d’autres langues resterait un atout ; pouvoir travailler pleinement en français en serait un autre.
🔗 Pour aller plus loin
Marseille et Beyrouth, deux ports pour une même Méditerranée, sur les liens humains et économiques entre les deux rives.
Marseille de station en station – T2 (8/15) : Noailles, de la rue des Nobles au quartier-monde, pour explorer l’histoire d’un quartier marqué par les circulations et les échanges.
📖 Sources
Organisation internationale de la Francophonie : économie et numérique.
OIF : une mission économique et commerciale au Québec, juin 2024.
France Diplomatie : la Francophonie, espace de coopération multilatérale.
Vie publique : qu’est-ce que la politique commerciale commune de l’Union européenne ?
🎥 Vidéo : la jeunesse, moteur de la francophonie économique
Dans cet entretien proposé par l’Organisation internationale de la Francophonie, Lionel Zinsou, économiste et ancien Premier ministre du Bénin, évoque le rôle de la jeunesse dans le développement économique de l’espace francophone. Il aborde les possibilités, les défis et les perspectives d’une coopération qui doit aussi permettre aux nouvelles générations de prendre leur place.
▶️ Regarder l’entretien avec Lionel Zinsou
Entretien présenté sur le portail jeunesse de l’OIF le 19 mars 2025.
💬 Et vous, qu’en pensez-vous ?
La France devrait-elle faire de la francophonie une priorité économique ? Quels échanges et quels projets aimeriez-vous voir se développer entre les pays francophones ? Partagez votre avis dans les commentaires : vos idées et vos expériences enrichissent la discussion.
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