OIF : faut-il voter pour choisir le prochain visage de la Francophonie ?

 

En pleine Journée internationale de la démocratie, Kinshasa préfère le consensus à une élection pour la direction de la Francophonie




15 septembre 2026

Résumé en anglais latinisant

Democracy, consensus and the future government of La Francophonie

On 15 September 2026, the International Day of Democracy, an unusual institutional question emerges inside La Francophonie. The Democratic Republic of the Congo wishes to obtain a consensus around the candidature of Juliana Amato Lumumba for the direction of the International Organisation of La Francophonie, rather than proceed to a contested vote. Four candidates are officially in competition before the Phnom Penh Summit in November. The debate illustrates a larger question: can consensus reinforce political unity, or does a modern Francophonie require a more visible and competitive democratic procedure?


Il y a parfois des coïncidences de calendrier particulièrement intéressantes.

Ce 15 septembre, les Nations Unies célèbrent la Journée internationale de la démocratie. Le même jour, en République démocratique du Congo, le gouvernement explique qu’il aimerait précisément éviter un vote pour choisir la prochaine direction de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Kinshasa souhaite obtenir un consensus autour de sa candidate, Juliana Amato Lumumba.

À première vue, le paradoxe est savoureux.

Une organisation qui inscrit la démocratie parmi ses valeurs fondamentales pourrait-elle choisir sa direction sans passer par une véritable compétition électorale ?

La réponse est moins simple qu’il n’y paraît.


Quatre candidats pour diriger la Francophonie

La succession à la tête de l’OIF doit être tranchée lors du Sommet de la Francophonie organisé à Phnom Penh, au Cambodge, les 15 et 16 novembre 2026.

Quatre candidatures ont été officiellement présentées :

Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale, soutenue par le Rwanda ;

Juliana Amato Lumumba, candidate de la République démocratique du Congo ;

Coumba Bâ, soutenue par la Mauritanie ;

et Dacian Cioloș, ancien Premier ministre roumain.

Cette compétition possède déjà une particularité historique.

Le 30 juin 2026, les quatre candidats ont été auditionnés formellement devant les ministres des États et gouvernements membres de plein droit.

C’était une première dans les cinquante-six années d’existence de la Francophonie institutionnelle. L’OIF explique que cette procédure résulte de la réforme adoptée en 2022 et vise à rendre la sélection plus transparente.

Pour la première fois, les projets des différents prétendants ont ainsi pu être comparés publiquement.


Kinshasa voudrait pourtant éviter le vote

Ce 15 septembre, le gouvernement congolais a confirmé une stratégie différente.

Le ministre délégué chargé de la Francophonie et de la diaspora, Crispin Mbadu, a expliqué que la RDC travaillait à obtenir un consensus autour de Juliana Lumumba, plutôt qu’à conduire les États membres jusqu’à un vote concurrentiel à Phnom Penh.

Le souhait de Kinshasa est explicite : parvenir à une candidature suffisamment soutenue pour que l’élection devienne inutile.

Ce comportement n’a rien d’exceptionnel dans une organisation internationale.

Pendant longtemps, le secrétaire général de la Francophonie a justement été choisi principalement par consultations diplomatiques, les États recherchant un compromis acceptable par tous.

Le vote n’intervenait qu’en dernier recours.

L’OIF elle-même rappelle que, depuis la création du poste de secrétaire général en 1997, la recherche du consensus constituait le principe traditionnel de désignation.


Consensus n’est pas forcément contraire à démocratie

Il serait donc trop facile d’opposer :

vote = démocratie

et

consensus = arrangement diplomatique opaque.

Une démocratie peut parfaitement rechercher le consensus.

Le Parlement, par exemple, vote lorsque plusieurs solutions s’affrontent, mais il peut également adopter certaines décisions à l’unanimité.

Dans une organisation internationale, le consensus possède même un avantage évident : le secrétaire général doit ensuite travailler avec tous les gouvernements membres.

Un dirigeant élu avec une courte majorité pourrait commencer son mandat avec presque la moitié de l’organisation opposée à lui.

Un choix consensuel donne théoriquement davantage de légitimité diplomatique.

Mais cela suppose une condition essentielle :

que le consensus soit réellement construit et non simplement négocié derrière des portes fermées entre quelques capitales influentes.


La réforme de 2026 change justement la donne

C’est là que la situation devient intéressante.

L’OIF vient précisément d’introduire davantage de transparence dans sa procédure.

Les candidats ont été auditionnés.

Leurs projets peuvent être comparés.

Ils ont dû répondre aux questions des États membres.

La Francophonie commence donc à passer d’une logique presque exclusivement diplomatique à une forme de compétition politique organisée.

Revenir ensuite à une désignation entièrement consensuelle n’annulerait pas nécessairement cette réforme.

Mais cela soulèverait une question :

à quoi sert de présenter quatre projets différents si le véritable choix doit finalement se faire en coulisses avant le Sommet ?


Juliana Lumumba : le poids démographique de la RDC

La candidature congolaise possède néanmoins un argument considérable.

La République démocratique du Congo constitue l’un des principaux centres démographiques du monde francophone.

Kinshasa est aujourd’hui l’une des plus grandes métropoles francophones de la planète et la croissance démographique congolaise signifie que le centre de gravité humain de la langue française se déplace progressivement vers l’Afrique.

Juliana Amato Lumumba porte également un nom chargé d’histoire.

Elle est la fille de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant et figure majeure de l’histoire politique africaine.

Lors du lancement de sa candidature, elle a insisté sur la souveraineté des peuples du Sud, la jeunesse, la coopération, l’innovation et la nécessité de faire du français un véritable instrument de solidarité internationale.

La candidature congolaise signifie donc aussi quelque chose de plus profond :

la Francophonie doit-elle désormais être dirigée davantage depuis les sociétés où le français connaît sa plus forte croissance ?


Face à Louise Mushikiwabo

Le débat ne porte évidemment pas seulement sur la RDC.

Louise Mushikiwabo, ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, dirige l’OIF depuis 2019 et se présente de nouveau.

Sa candidature représente la continuité.

Face à elle, Juliana Lumumba peut présenter sa candidature comme celle d’un renouvellement géographique et politique.

Mais deux autres candidatures empêchent de réduire la compétition à un duel Rwanda-RDC.

La Mauritanienne Coumba Bâ apporte une troisième candidature africaine.

L’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș rappelle, quant à lui, que la Francophonie institutionnelle ne se limite pas à la France et à l’Afrique francophone.

La Roumanie appartient depuis longtemps à cet espace politique francophone malgré une utilisation quotidienne du français évidemment beaucoup plus limitée que dans plusieurs pays africains.

La compétition révèle ainsi les différentes conceptions possibles de la Francophonie.


Une organisation de langue ou une organisation géopolitique ?

C’est peut-être la véritable question derrière cette élection.

Que doit être l’OIF ?

Une organisation destinée principalement à défendre la langue française ?

Un espace de coopération entre États ?

Une organisation de solidarité Nord-Sud ?

Une alliance culturelle ?

Un instrument diplomatique ?

Une communauté politique attachée à la démocratie et aux droits humains ?

Ou un peu de tout cela à la fois ?

L’OIF compte aujourd’hui 90 États et gouvernements, dont 53 membres de plein droit, 5 membres associés et 32 observateurs.

Cette extension représente une force.

Mais elle produit aussi une difficulté évidente : les motivations des membres ne sont pas identiques.

Pour certains États, le français constitue une langue nationale ou administrative majeure.

Pour d’autres, il appartient surtout à leur histoire culturelle ou diplomatique.

Pour certains observateurs, il n’occupe qu’une place relativement limitée dans la société.

Choisir le secrétaire général revient donc indirectement à choisir ce que la Francophonie considère comme prioritaire.


Et la démocratie dans tout cela ?

La coïncidence avec le 15 septembre donne au débat une dimension supplémentaire.

La démocratie et l’État de droit ne sont pas des sujets périphériques pour l’OIF.

La Déclaration de Bamako de 2000 constitue l’un des textes fondamentaux de la Francophonie politique. Elle engage ses membres autour de la démocratie, des droits humains, de l’État de droit et de la prévention des crises.

En 2026 encore, l’OIF présente le renforcement des parlements, de l’État de droit et des institutions démocratiques comme l’un de ses champs d’action majeurs.

Dans le même temps, l’ONU consacre précisément le 15 septembre à la Journée internationale de la démocratie et insiste cette année sur la participation des citoyens et la capacité à faire entendre différentes voix dans la décision publique.

Cela ne signifie pas que le secrétaire général de l’OIF devrait être élu au suffrage universel des centaines de millions de francophones.

Mais l’organisation aurait tout intérêt à rendre son processus de sélection aussi lisible que possible.


Pourquoi pas davantage de démocratie francophone ?

On peut même pousser la question plus loin.

Pourquoi les citoyens francophones connaissent-ils si peu les candidats à la direction de leur propre organisation internationale ?

Pourquoi n’existe-t-il pas un véritable débat public francophone entre eux ?

Les auditions de juin constituent un premier pas.

Mais on pourrait imaginer davantage.

Un débat télévisé commun.

Des questions provenant de jeunes francophones.

Une confrontation des programmes sur la mobilité étudiante, l’intelligence artificielle, les industries culturelles, les visas, l’enseignement du français ou la défense du multilinguisme.

Il ne s’agirait pas de transformer l’OIF en État supranational.

La décision resterait aux gouvernements membres.

Mais la Francophonie deviendrait beaucoup moins abstraite pour les populations qu’elle prétend rassembler.


Le vrai problème de l’OIF : être utile

Au fond, la question dépasse largement le nom de la personne qui sera élue.

La prochaine direction devra répondre à une interrogation de plus en plus fréquente :

à quoi sert concrètement la Francophonie ?

Le français circule déjà sans l’OIF.

Les artistes collaborent.

Les étudiants voyagent.

Les entreprises commercent.

Les populations communiquent sur Internet.

Une organisation internationale ne peut donc plus se contenter d’organiser des sommets et de proclamer son attachement à la langue française.

Elle doit démontrer sa valeur ajoutée.

Faciliter la mobilité.

Développer les échanges universitaires.

Permettre aux créations francophones de circuler.

Renforcer la présence du français dans les organisations internationales.

Soutenir l’éducation.

Participer à la prévention des crises.

Créer des réseaux économiques et professionnels.

C’est probablement sur ces résultats que la prochaine direction devrait être jugée.


Notre angle

Le souhait congolais d’obtenir un consensus autour de Juliana Lumumba n’est pas en lui-même antidémocratique.

Le consensus appartient depuis longtemps à la culture diplomatique des organisations internationales et peut donner à une direction une légitimité très large.

Mais la Francophonie vient précisément d’ouvrir son processus de sélection.

Quatre candidats existent.

Ils ont été auditionnés.

Ils proposent des visions différentes.

Il serait dommage que cette innovation conduise finalement à donner l’impression que tout s’est décidé avant même que le débat commence réellement.

En cette Journée internationale de la démocratie, la meilleure solution n’est donc peut-être ni le vote à tout prix, ni le consensus à tout prix.

C’est la transparence.

Si les quatre candidatures sont réellement examinées et qu’un consensus finit par émerger, celui-ci peut être une force.

Si le consensus consiste seulement à négocier une candidature unique entre gouvernements, il risque au contraire de renforcer l’image d’une Francophonie institutionnelle éloignée de ceux qui parlent quotidiennement sa langue.

La prochaine direction de l’OIF aura justement pour tâche de rapprocher ces deux mondes.


Sources

Organisation internationale de la Francophonie, « Pour la première fois, la Francophonie auditionne les candidats à sa direction », 29 juin 2026.

Ouragan, « Course à la tête de l’OIF, Kinshasa mise sur le consensus », 15 septembre 2026.

Organisation internationale de la Francophonie, coopération avec l’Assemblée parlementaire de la Francophonie en faveur de la démocratie et de l’État de droit.

Organisation des Nations Unies, Journée internationale de la démocratie 2026.


Pour aller plus loin sur ce blog

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À retenir

Quatre candidats sont en lice pour diriger l’OIF à partir de 2027. La RDC souhaite obtenir un consensus autour de Juliana Lumumba plutôt qu’un vote disputé. Le véritable enjeu n’est pourtant pas seulement la procédure : c’est de savoir quelle Francophonie ces candidats veulent construire et comment la rendre concrètement utile à ceux qui parlent français.

Commentaires

La direction de l’OIF devrait-elle être choisie par consensus entre les États, ou une véritable compétition entre plusieurs candidats renforcerait-elle la légitimité de la Francophonie ?


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