À Papeete, « Lire en Polynésie » prépare une 26e édition placée sous le signe des « Révolutions »
✝️ Fête du jour : la Nativité de la Vierge Marie
Le 8 septembre, l'Église célèbre la naissance de la Vierge Marie.
La tradition liturgique situe cette fête neuf mois après l'Immaculée Conception, célébrée le 8 décembre. Elle fait partie des rares fêtes chrétiennes consacrées à une naissance terrestre, avec celles du Christ et de saint Jean-Baptiste.
Marie apparaît ainsi au commencement d'une histoire dont elle ne connaît pas encore l'aboutissement.
Une fête de la naissance, de la transmission et de l'espérance, qui accompagne assez bien aujourd'hui notre détour par la Polynésie, où une nouvelle génération est invitée à écrire dans les langues qu'elle a reçues.
📚 « La Révolution sera fleurie »
À Tahiti, les préparatifs du 26e Salon du livre de Tahiti, « Lire en Polynésie », sont lancés.
Le rendez-vous se déroulera du 15 au 18 octobre 2026, sur l'esplanade basse de To'atā à Papeete. Il est organisé par l'Association des éditeurs de Tahiti et des îles et la Maison de la Culture, Te Fare Tauhiti Nui.
Le traditionnel concours d'écriture et d'illustration revient cette année autour d'un thème particulièrement vaste :
« Révolutions ».
Enfants, adolescents et adultes peuvent proposer une nouvelle ou une illustration avant le 4 octobre.
Mais un détail retient particulièrement l'attention pour un blog consacré à la francophonie.
Les nouvelles peuvent être rédigées en français ou en langues polynésiennes.
🗣️ Français ou reo mā'ohi ? La question est mal posée
On présente parfois la défense du français et celle des langues régionales ou autochtones comme deux combats contradictoires.
Le cas polynésien montre précisément l'inverse.
Le français constitue la langue officielle de la Polynésie française. Mais le statut d'autonomie reconnaît également le tahitien comme un « élément fondamental de l'identité culturelle » et protège les autres langues polynésiennes.
Le texte va même plus loin : il reconnaît comme langues de la Polynésie française le français, le tahitien, le marquisien, le paumotu et le mangarevien.
La situation est donc particulière.
Il existe une langue officielle commune, le français, mais elle cohabite avec plusieurs langues enracinées dans les différents archipels.
🌺 La francophonie n'oblige pas à devenir monolingue
Cette situation devrait intéresser toute la Francophonie.
Défendre le français ne signifie pas demander aux Polynésiens d'abandonner le tahitien, pas plus qu'un Sénégalais n'aurait à renoncer au wolof ou un Canadien francophone à mépriser les langues autochtones.
Une francophonie solide peut au contraire être plurilingue.
Le français sert de langue de communication entre des populations éloignées de plusieurs milliers de kilomètres, tout en permettant aux langues locales de conserver leur fonction familiale, culturelle, littéraire et identitaire.
C'est peut-être même l'une des différences fondamentales entre une langue internationale et une langue impériale.
La première permet la rencontre.
La seconde exige l'effacement.
✍️ Écrire dans la langue que l'on choisit
Le règlement du concours de Tahiti donne une forme très concrète à cette coexistence.
Les participants des catégories jeunesse et adulte peuvent envoyer une nouvelle de 3 000 signes maximum en français ou dans une langue polynésienne. Les œuvres sélectionnées seront présentées dans le cadre du Salon et les lauréats pourront enregistrer leur texte en studio afin d'en conserver une version audio.
Cette dernière dimension est particulièrement intéressante pour les langues polynésiennes.
Une langue ne vit pas seulement dans les dictionnaires.
Elle vit parce qu'on la parle, qu'on l'écrit, qu'on raconte des histoires avec elle, qu'on la transmet aux enfants et qu'on invente des mots nouveaux.
Un concours littéraire peut donc participer, à sa petite échelle, à la conservation d'une langue.
📖 Le livre polynésien ne se résume pas à Tahiti
L'Association des éditeurs de Tahiti et des îles ne limite d'ailleurs pas son activité à Papeete.
Elle organise ou accompagne des manifestations littéraires dans plusieurs îles et développe également des résidences d'écriture.
Pour 2026, les auteurs sélectionnés peuvent séjourner pendant deux mois dans une ou plusieurs îles de Polynésie française. Leur présence doit notamment permettre des rencontres avec les établissements scolaires.
Le livre devient alors un moyen de relier les archipels entre eux.
Car la Polynésie française n'est pas une île.
Elle compte 118 îles réparties en cinq archipels, dispersées sur un espace maritime gigantesque.
Faire circuler des auteurs et des livres y constitue donc aussi un problème géographique.
🌊 Une francophonie au milieu du Pacifique
C'est précisément ce qui rend la Polynésie intéressante dans l'ensemble francophone.
Depuis Paris, nous avons facilement tendance à imaginer la francophonie comme un espace principalement européen et africain.
Mais le français est également parlé au milieu du Pacifique.
À Tahiti, aux Marquises, aux Tuamotu, aux Australes ou aux Gambier, il rencontre des langues austronésiennes dont l'histoire n'a rien à voir avec celle des langues européennes.
Cette rencontre a naturellement été marquée par la colonisation.
Il serait artificiel de l'oublier.
Mais deux siècles plus tard, le français fait également partie de la réalité linguistique de générations de Polynésiens qui l'utilisent dans l'enseignement, l'administration, les médias, la littérature et la vie quotidienne.
La question n'est donc plus simplement : faut-il le français ou le tahitien ?
Elle devient :
comment faire vivre le français sans faire disparaître le tahitien, et comment renforcer les langues polynésiennes sans couper la Polynésie du vaste espace francophone auquel elle appartient ?
🏫 Le bilinguisme commence à l'école
Le statut d'autonomie prévoit que le tahitien soit enseigné dans les écoles maternelles et primaires, les établissements du second degré et l'enseignement supérieur.
Dans certaines îles, il peut être remplacé par une autre langue polynésienne.
Des expérimentations d'enseignement bilingue français-langue polynésienne ont également été conduites dans les établissements scolaires du territoire.
Nous retrouvons ici une idée souvent oubliée dans les débats linguistiques français.
Apprendre deux langues n'implique pas nécessairement d'en sacrifier une.
L'enjeu consiste plutôt à déterminer quelle place chacune occupe et à disposer d'enseignants suffisamment formés pour les transmettre correctement.
🌺 « Révolutions » : un thème qui peut aussi être linguistique
Le thème choisi cette année par le Salon, « Révolutions », peut donc se lire de nombreuses manières.
Révolution politique, sociale, écologique, technologique ou intime.
Mais pourquoi pas également révolution linguistique ?
Pendant longtemps, beaucoup de langues locales ont été considérées comme inadaptées à la littérature moderne, à l'administration ou à l'enseignement.
Aujourd'hui, la publication, l'école et le numérique leur ouvrent de nouveaux espaces.
Le véritable enjeu n'est peut-être pas de choisir entre la modernité et la tradition.
Il consiste à permettre à une langue héritée du passé de continuer à produire du présent.
🇫🇷🌺 La Francophonie comme maison commune, pas comme uniforme
Tahiti rappelle ainsi une évidence.
La Francophonie ne devrait pas fabriquer partout de petites copies de la France.
Son intérêt vient précisément du contraire.
Un Français, un Québécois, un Ivoirien, un Belge, un Libanais ou un Polynésien peuvent partager la même langue sans partager la même histoire, la même cuisine, les mêmes traditions ni les mêmes autres langues.
Le français devient alors une langue de relation.
En Polynésie française, cette fonction n'a de sens que si elle permet parallèlement au tahitien, au marquisien, au paumotu et au mangarevien de continuer à être parlés, transmis et écrits.
Le concours « Lire en Polynésie » offre cette année une belle illustration de cet équilibre :
prenez la langue dans laquelle vous voulez écrire, puis racontez-nous votre révolution.
📌 À retenir
Le 26e Salon du livre de Tahiti aura lieu du 15 au 18 octobre 2026 à Papeete.
Le thème de cette édition est « Révolutions ».
Le concours est ouvert aux enfants, aux adolescents et aux adultes.
Les nouvelles peuvent être écrites en français ou en langues polynésiennes.
Les textes doivent être déposés avant le 4 octobre.
Le français est la langue officielle de la Polynésie française.
Le tahitien, le marquisien, le paumotu et le mangarevien sont également reconnus comme langues de la Polynésie française.
📚 Sources
Association des éditeurs de Tahiti et des îles
Tahiti Infos, « Le concours d’écriture et d’illustration de retour »
Radio1 Tahiti, « Les Révolutions au cœur du concours d’écriture et d’illustration »
Légifrance, article 57 du statut d’autonomie de la Polynésie française
🔎 Pour aller plus loin
RDC : les héroïnes invisibles de la lutte contre Ebola
Martinique : quand le droit de circuler devient le droit de rester
La jeunesse québécoise et le souverainisme
💬 Et vous ?
La Francophonie devrait-elle davantage promouvoir le plurilinguisme, en défendant le français tout en participant à la sauvegarde des langues locales avec lesquelles il cohabite ?
📩 Abonnement
Pour suivre les prochains articles consacrés à la francophonie, aux outre-mer, aux langues et aux cultures francophones, vous pouvez vous abonner au blog.
Commentaires
Enregistrer un commentaire