13 octobre : à Paris, la Francophonie prépare son tournant de Phnom Penh

 


À un mois du XXe Sommet, le Conseil permanent prépare les choix politiques, institutionnels et linguistiques qui engageront l’OIF pour les prochaines années





Résumé

On 13 October 2026, the Permanent Council of La Francophonie meets in Paris as the Organisation prepares for the 20th Francophonie Summit in Phnom Penh. The coming weeks will address the future leadership of the OIF, the place of the French language within an organisation of 90 states and governments, and the balance between diplomacy, education, culture and economic cooperation. In Cambodia, new efforts to strengthen French-language education show that institutional Francophonie ultimately depends on the concrete transmission and daily use of the language.


À Paris, une réunion discrète qui prépare les grandes décisions

Il ne s’agit ni d’un Sommet des chefs d’État, ni d’une conférence ministérielle susceptible d’attirer les caméras. Pourtant, ce 13 octobre 2026, une partie importante de l’avenir immédiat de la Francophonie se prépare à Paris.

Le Conseil permanent de la Francophonie doit y poursuivre les travaux engagés lors de sa précédente session du 1er juillet. L’OIF avait alors fixé expressément au 13 octobre la prochaine réunion de cette instance, quelques semaines seulement avant le XXe Sommet de la Francophonie organisé au Cambodge.

La proximité du calendrier donne à cette réunion une importance particulière. Le 14 novembre se tiendra à Phnom Penh la 48e Conférence ministérielle de la Francophonie. Les 15 et 16 novembre, les chefs d’État et de gouvernement prendront ensuite le relais pour le Sommet proprement dit.

Le Conseil permanent joue donc aujourd’hui un rôle de préparation. Il ne décide pas à la place des chefs d’État, mais il permet de faire mûrir les dossiers avant qu’ils n’arrivent devant eux.


Mais à quoi sert exactement le Conseil permanent ?

Le fonctionnement institutionnel de la Francophonie reste souvent obscur pour le grand public.

Trois grandes instances organisent la vie politique de l’Organisation : le Sommet, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement, la Conférence ministérielle de la Francophonie et le Conseil permanent de la Francophonie.

Le CPF est composé des représentants personnels des chefs d’État ou de gouvernement. Il est présidé par la Secrétaire générale de la Francophonie et agit sous l’autorité de la Conférence ministérielle.

Son rôle est beaucoup plus important qu’un simple secrétariat préparatoire. Il suit l’application des décisions, examine les programmes et les budgets, coordonne l’action de l’organisation et surveille également la situation politique, démocratique et institutionnelle dans les États membres.

Autrement dit, lorsque les dirigeants se retrouvent tous les deux ans pour un grand Sommet, une grande partie du travail a déjà été préparée dans ce type de réunion beaucoup moins spectaculaire.


Phnom Penh approche

Le prochain rendez-vous sera historique.

Le XXe Sommet de la Francophonie se déroulera les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh. Ce sera la première fois que le Cambodge accueillera un Sommet de la Francophonie et la première fois depuis celui de Hanoï en 1997 que cette réunion se tiendra en Asie du Sud-Est.

Le thème retenu est particulièrement politique : « Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ».

Le choix du Cambodge apporte lui-même une dimension particulière à cette formule. Le pays souhaite présenter son expérience de reconstruction et de stabilisation tout en renforçant son rôle diplomatique au sein de l’espace francophone. Les autorités cambodgiennes intensifient actuellement les préparatifs du Sommet, qui doit accueillir des délégations issues d’environ 90 États et gouvernements.

Autour des réunions politiques seront également organisés un Village de la Francophonie, FrancoTech et une nouvelle Rencontre des entrepreneurs francophones. La Francophonie entend ainsi éviter que le Sommet ne soit seulement une succession de discours diplomatiques.


Un choix décisif : qui dirigera l’OIF après 2026 ?

Le Sommet de Phnom Penh sera aussi électif.

Les dirigeants des 53 membres de plein droit doivent choisir le 16 novembre la personne qui exercera les fonctions de secrétaire général de la Francophonie pour la période 2027-2030.

Louise Mushikiwabo dirige l’organisation depuis 2019. Élue une première fois lors du Sommet d’Erevan en 2018, elle avait été reconduite à Djerba en 2022 et fait partie des candidats à la prochaine élection.

Cette fois, la procédure a profondément changé.

Pour la première fois depuis la création de la fonction de secrétaire général en 1997, quatre candidatures ont fait l’objet d’auditions formelles devant la Conférence ministérielle, le 30 juin à Paris. Les candidats provenaient de République démocratique du Congo, de Mauritanie, de Roumanie et du Rwanda.

Jusqu’ici, le choix reposait largement sur les discussions diplomatiques et la recherche du consensus. Désormais, appel à candidatures, présentation d’un programme, audition et élection formelle donnent davantage de visibilité à une fonction qui constitue pourtant la clé de voûte du dispositif institutionnel de la Francophonie.

C’est un changement important.

Pour une organisation qui parle régulièrement de démocratie et de transparence, rendre plus lisible la sélection de son propre dirigeant était probablement devenu nécessaire.


90 États et gouvernements : la Francophonie est devenue difficile à gouverner

L’OIF rassemble aujourd’hui 90 États et gouvernements, dont 53 membres de plein droit, cinq membres associés et 32 observateurs. Elle évalue à environ 396 millions le nombre de francophones dans le monde.

Cette extension constitue à la fois une force et une faiblesse.

La Francophonie n’est plus un petit club réunissant essentiellement la France, quelques pays européens, le Canada et les anciennes possessions françaises ou belges. Elle s’étend désormais sur les cinq continents.

Mais plus l’organisation accueille de pays dont le rapport au français est différent, plus la définition de son projet devient délicate.

Certains membres utilisent quotidiennement le français comme langue majeure de leur société. D’autres en font une langue d’administration ou d’enseignement. D’autres encore ne comptent qu’une minorité de francophones, mais souhaitent participer à un espace diplomatique, culturel ou économique.

La prochaine direction de l’OIF devra donc continuer à répondre à une question qui traverse toute l’histoire récente de la Francophonie : qu’est-ce qui unit réellement ces 90 États et gouvernements ?


La langue ne peut pas disparaître derrière la diplomatie

Le risque d’une Francophonie devenue très institutionnelle serait de parler continuellement de paix, de numérique, d’économie, de climat ou de gouvernance en oubliant ce qui justifie son existence particulière : la langue française.

L’actualité cambodgienne montre précisément pourquoi cette dimension reste essentielle.

Du 7 au 9 octobre, une quarantaine d’enseignants, d’experts et de représentants du ministère cambodgien de l’Éducation se sont réunis à Kampot pour commencer à réviser les programmes de français et les enseignements scientifiques dispensés en français dans les classes bilingues franco-khmères.

Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le nombre d’heures de français. Le projet cherche à mieux articuler apprentissage linguistique, mathématiques, physique, chimie et biologie afin que le français soit aussi utilisé comme langue d’accès aux savoirs scientifiques.

Un deuxième atelier doit se dérouler à Siem Reap du 15 au 17 octobre.

Voilà une forme très concrète de Francophonie.

Elle est probablement moins visible qu’un Sommet présidentiel, mais elle détermine beaucoup plus directement si une nouvelle génération continuera réellement à utiliser le français.


Le Cambodge, une Francophonie qui ne va pas de soi

Le choix de Phnom Penh permet également de rappeler que la Francophonie ne se limite pas aux pays où le français demeure dominant.

Au Cambodge, le khmer est évidemment la langue nationale et quotidienne de l’immense majorité de la population.

Le français possède une histoire ancienne liée à la période coloniale, mais sa situation contemporaine est très différente de celle du français en Côte d’Ivoire, au Québec ou en Belgique.

Sa présence passe aujourd’hui notamment par l’enseignement, les établissements bilingues, les réseaux universitaires, la diplomatie et certaines professions.

C’est justement ce qui rend le Sommet intéressant.

Organiser la grande réunion de la Francophonie à Phnom Penh signifie que l’espace francophone ne doit pas être compris uniquement comme une carte des pays où la majorité de la population parle français.

Il peut également réunir des sociétés ayant choisi de maintenir une relation active avec cette langue dans un environnement multilingue.


Après Paris, le centre de gravité part vers l’Asie

Pendant quelques semaines, l’itinéraire institutionnel de la Francophonie résume presque sa géographie contemporaine.

Le Conseil permanent se réunit à Paris. Puis la Conférence ministérielle et le Sommet partiront à Phnom Penh. En 2027, le Bénin devrait accueillir la Conférence ministérielle, tandis qu’Erevan recevra les Jeux de la Francophonie. En 2028, le Canada est proposé pour accueillir le XXIe Sommet, recommandation qui doit encore être formellement entérinée à Phnom Penh.

Paris conserve évidemment un rôle majeur, notamment parce que le siège de l’OIF s’y trouve.

Mais la Francophonie institutionnelle cherche de plus en plus à circuler entre ses différents pôles.

Cette évolution est indispensable si elle ne veut pas donner l’impression d’une organisation mondiale administrée depuis une seule capitale.


Une organisation politique, mais pour quoi faire ?

La réunion de ce 13 octobre permet finalement de poser une question plus fondamentale.

À quoi doit servir la Francophonie au XXIe siècle ?

Si elle devient simplement une organisation internationale généraliste parlant de tous les sujets dont parlent déjà les Nations unies, l’Union africaine ou d’autres organisations régionales, sa spécificité risque de devenir difficile à identifier.

Mais si elle se réduit exclusivement à la défense grammaticale de la langue française, elle ignore les réalités économiques, politiques et sociales qui conditionnent justement l’avenir de cette langue.

L’enjeu consiste donc probablement à relier les deux.

L’éducation en français au Cambodge, la circulation des étudiants, les échanges économiques entre entreprises francophones, la mobilité des artistes, les contenus numériques en français, la diplomatie, la médiation entre États et la formation professionnelle peuvent former un même projet à condition que la langue reste le fil conducteur.

Ce sont ces domaines très concrets qui peuvent donner un contenu commun à une organisation réunissant des sociétés extrêmement différentes.


Note culturelle : Hanoï 1997, le précédent asiatique

Lorsque Phnom Penh accueillera le XXe Sommet en novembre, près de trente ans se seront écoulés depuis le précédent Sommet organisé en Asie du Sud-Est.

C’était à Hanoï, au Vietnam, en novembre 1997.

Cette réunion fut particulièrement importante dans l’histoire institutionnelle de la Francophonie puisqu’elle consacra la création de la fonction politique de secrétaire général et vit l’élection de Boutros Boutros-Ghali comme premier titulaire.

Phnom Penh intervient donc à un moment curieusement symétrique.

En 1997, l’Asie avait accueilli le Sommet qui installait le secrétaire général au cœur du dispositif francophone.

En 2026, l’Asie accueillera de nouveau un Sommet qui doit choisir, selon une procédure profondément réformée, la personne appelée à exercer cette fonction pour les quatre années suivantes.

L’histoire institutionnelle de la Francophonie revient ainsi en Asie au moment même où elle cherche à renouveler son fonctionnement.


Points essentiels

Ce 13 octobre 2026, le Conseil permanent de la Francophonie se réunit à Paris dans la dernière ligne droite précédant le XXe Sommet de Phnom Penh. Le CPF est l’instance permanente chargée de préparer et de suivre les Sommets, de coordonner l’action de l’OIF et d’examiner ses programmes ainsi que la situation politique de l’espace francophone.

Le Sommet se déroulera les 15 et 16 novembre au Cambodge, après une Conférence ministérielle le 14. Il sera notamment marqué par l’élection du ou de la secrétaire général(e) de la Francophonie pour 2027-2030. Quatre candidats ont été formellement auditionnés en juin, une première dans l’histoire de l’organisation.

Parallèlement, le Cambodge vient d’engager une révision de ses programmes scolaires de français et de sciences enseignées en français. Cette actualité rappelle que derrière les institutions, la véritable question demeure celle de l’usage et de la transmission de la langue.


Sources

L’Organisation internationale de la Francophonie présente le rôle et la composition du Conseil permanent ainsi que les travaux de sa 133e session, qui avait fixé au 13 octobre 2026 la poursuite de ses travaux. La page officielle consacrée au Conseil permanent permet de comprendre ses fonctions, tandis que le compte rendu de la 133e session éclaire directement le calendrier institutionnel actuel.

L’OIF a également publié les informations officielles concernant le Sommet de Phnom Penh et la nouvelle procédure d’élection de sa direction. Les documents consacrés au XXe Sommet et à l’audition des candidats permettent de suivre à la fois la préparation politique de la réunion et l’évolution du mode de désignation du secrétaire général.

Enfin, l’actualité éducative cambodgienne est documentée par l’OIF dans son compte rendu de l’atelier consacré à la révision des programmes de français et des disciplines scientifiques enseignées en français. Ce volet éducatif permet de relier les grandes institutions à la réalité quotidienne de la langue.


Pour aller plus loin

Sur Moliérissime Haut, « Francophonie : 396 millions de locuteurs, mais qui voit encore leurs œuvres ? » revient sur le poids démographique croissant du français et sur la difficulté persistante des créations francophones à circuler d’un pays à l’autre. Ce dossier complète directement le débat actuel sur ce que l’OIF doit faire de sa croissance démographique et géographique.

« Francophonie mondiale : les nouveaux défis d’un espace qui ne parle plus seulement de langue » pose précisément la question qui se trouve aujourd’hui devant le Conseil permanent : comment conserver la langue française au centre d’une organisation devenue simultanément politique, économique, culturelle et diplomatique ?

Enfin, « Le français, quatrième langue mondiale : puissance douce ou illusion statistique ? » permet de revenir sur ce qui se cache derrière les grands nombres de locuteurs et sur les différences considérables entre les situations du français d’un pays à l’autre. Cette question prend tout son sens lorsque l’OIF rassemble aussi bien des pays très majoritairement francophones que des États où la langue française reste minoritaire.


Commenter

La Francophonie doit-elle devenir une organisation politique et économique toujours plus large, ou devrait-elle remettre plus clairement la langue française, l’éducation et la circulation des cultures au centre de son action ?

Et l’élargissement à 90 États et gouvernements constitue-t-il sa principale force, ou risque-t-il au contraire de rendre de plus en plus difficile la définition de ce que signifie réellement « avoir le français en partage » ?


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