Nouvelles recherches sur la chlordécone et soutien européen à la formation calédonienne : trois actualités racontent une France ultramarine qui demande à la fois mémoire, réparation et perspectives
English summary
On 21 October 2026, three developments highlight the complexity of France’s overseas territories. Parliament has formally abolished the “Code noir”, a symbolic but historically significant decision for the Caribbean and Guiana. New research projects in Martinique and Guadeloupe seek to better understand the long-term effects of chlordecone pollution. Meanwhile, the European Union has granted New Caledonia 596 million Pacific francs for vocational training, social cohesion and healthcare skills. From the Caribbean to the Pacific, the same question emerges: how can historical recognition be connected to concrete prospects for the future?
Le Code noir disparaît enfin formellement du droit français
Le vote du Sénat du 20 octobre clôt une histoire juridique particulièrement longue. Par 320 voix pour, aucune contre et 18 abstentions, la Haute Assemblée a adopté sans modification la proposition de loi déjà votée par l’Assemblée nationale en mai. Le Parlement a donc définitivement adopté l’abrogation formelle du « Code noir ». Le texte doit encore être promulgué.
L’effet juridique immédiat est limité : les dispositions organisant l’esclavage avaient cessé d’être applicables depuis longtemps. L’esclavage a été définitivement aboli en France en 1848. Le problème était ailleurs : les textes de l’Ancien Régime n’avaient jamais tous été expressément retirés du droit.
La proposition portée par le député guadeloupéen Max Mathiasin abroge notamment l’ordonnance de mars 1685 et les textes qui en ont assuré l’application ou l’extension. Elle prévoit également un rapport sur les dispositions héritées du droit colonial qui demeureraient encore en vigueur outre-mer, ainsi que sur les conséquences contemporaines de cet héritage.
Pour les Antilles et la Guyane, le geste possède évidemment une portée particulière. Il ne change pas le passé et ne constitue pas en lui-même une réparation. Mais il supprime une anomalie symbolique : un texte qui avait organisé juridiquement la réduction d'êtres humains au statut de biens ne restera plus formellement attaché au corpus juridique français.
Aux Antilles, le passé est aussi dans les sols
Le même 20 octobre, une autre actualité rappelait que certains héritages ne peuvent pas être effacés par un vote.
L’Agence nationale de la recherche a annoncé six projets lauréats du programme « Chlordécone II : Sociétés et multi-expositions », lancé avec la Collectivité territoriale de Martinique et la Région Guadeloupe.
La chlordécone a été utilisée dans les bananeraies antillaises entre 1972 et 1993. Plus de trente ans après son interdiction, la pollution demeure présente dans les sols et continue de poser des problèmes sanitaires, agricoles, environnementaux, économiques et sociaux.
La nouvelle phase de recherche veut notamment mieux comprendre les situations où les populations sont confrontées simultanément à plusieurs expositions et accorde davantage de place aux dimensions sociales du problème.
Le rapprochement avec le Code noir ne doit évidemment pas conduire à confondre deux histoires radicalement différentes.
Mais elles posent une question commune : que fait une société lorsqu’un héritage ancien continue à produire des effets longtemps après la disparition du système qui l’a créé ?
Dans un cas, le travail relève d’abord du droit et de la mémoire.
Dans l’autre, il exige recherche scientifique, prévention sanitaire et politiques publiques durables.
Pour la Martinique et la Guadeloupe, le passé n’est donc pas seulement commémoré. Il peut encore se mesurer dans la terre.
En Nouvelle-Calédonie, regarder davantage vers l’avenir
À près de 15 000 kilomètres des Antilles, l’actualité calédonienne raconte une autre priorité.
Le 20 octobre, le président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, Milakulo Tukumuli, et le vice-président de la Commission européenne Stéphane Séjourné ont signé à l’Université de Nouvelle-Calédonie une convention portant sur 596 millions de francs CFP, soit environ 5 millions d’euros.
Les crédits doivent soutenir la formation professionnelle, l’insertion et la cohésion sociale pendant quatre ans, avec un démarrage prévu au premier semestre 2027. Le GIEP, l’Institut de formation des professions sanitaires et sociales et plusieurs associations figurent parmi les bénéficiaires.
La santé constitue un enjeu particulier. Le gouvernement calédonien souligne les pertes de compétences intervenues après la crise sanitaire puis les émeutes de 2024, notamment parmi les infirmiers et aides-soignants.
Cette convention s’inscrit également dans un rapprochement plus large entre la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne, notamment autour des matières premières et du nickel. Le sujet demeure politiquement discuté sur le territoire, où certains élus indépendantistes contestent cette orientation européenne.
L’aide à la formation offre néanmoins un autre visage du dossier calédonien que les seules négociations institutionnelles : celui d’un territoire qui doit reconstruire des compétences, retenir sa jeunesse et restaurer une cohésion sociale fragilisée.
Les outre-mer ne demandent pas une seule politique
Mettre dans le même article Guadeloupe, Martinique, Guyane et Nouvelle-Calédonie permet surtout de constater à quel point l’expression « outre-mer » cache des situations différentes.
Aux Antilles et en Guyane, l’abrogation du Code noir renvoie à l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. En Martinique et en Guadeloupe, la chlordécone rappelle les conséquences beaucoup plus récentes d’un modèle agricole. En Nouvelle-Calédonie, les priorités actuelles passent aussi par la reconstruction économique, la formation, le nickel et l’avenir institutionnel.
Il n’existe donc pas une question ultramarine unique.
Mais un fil commun apparaît : la relation avec la France ne peut plus se limiter à administrer des territoires éloignés depuis Paris. Elle passe par la reconnaissance de leurs histoires propres et par la capacité de leur donner les moyens de construire leur avenir.
Pour un blog consacré à la Francophonie, cette réalité est essentielle. Les outre-mer ne sont pas seulement les prolongements géographiques de la France. Ils sont des mondes caribéens, sud-américains, océaniens ou indianocéaniques où le français cohabite avec d’autres langues, d’autres mémoires et d’autres appartenances régionales.
Sources
Le Sénat a officiellement adopté le 20 octobre la proposition de loi portant abrogation du Code noir ; le scrutin confirme l’adoption du texte par le Parlement.
L’Agence nationale de la recherche a annoncé le même jour les six projets retenus dans le cadre de « Chlordécone II ».
Pour la Nouvelle-Calédonie, Les Nouvelles Calédoniennes et Outremers360 détaillent la convention européenne de 596 millions de francs CFP consacrée à la formation, à l’insertion et à la cohésion sociale.
Pour aller plus loin
Outre-mer : reconstruire les institutions sans oublier les cultures vivantes permet de replacer ces dossiers dans la question plus large du développement et de l’autonomie d’action des territoires ultramarins.
Martinique : quand le droit de circuler devient le droit de rester aborde une autre dimension essentielle : la possibilité pour les jeunes Ultramarins de construire leur vie sur leur territoire plutôt que de devoir partir.
Francophonie : 396 millions de locuteurs, mais qui voit encore leurs œuvres ? rappelle enfin que les outre-mer participent à la Francophonie avec des cultures qui ne se réduisent pas au modèle hexagonal.
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L’abrogation formelle du Code noir est-elle surtout un geste symbolique nécessaire, ou doit-elle ouvrir une réflexion plus large sur les héritages coloniaux encore visibles aujourd’hui ?
Et l’avenir des outre-mer passe-t-il davantage par une relation renouvelée avec la France, par leur intégration régionale dans la Caraïbe et le Pacifique, ou par les deux à la fois ?
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